Pastors

Accompagner les allées et venues entre églises

Quelques pistes pastorales pour naviguer dans un monde où l’appartenance ecclésiale se fait plus flexible.

CT Pastors July 28, 2025
Brett Carlsen / Getty Images

« Dans la plupart des familles, on évite de parler de religion ou de politique. Dans notre famille, c’est le portail de transfert qui est tabou ».

Cette remarque de ma fille de 18 ans clôturait une vive discussion familiale. Autour de la table, huit anciens athlètes débattaient d’un système qui chamboule le sport universitaire aux États-Unis.

Pour ceux qui seraient moins férus de sport que notre famille, le « portail de transfert » est un système en ligne qui a révolutionné la manière dont les étudiants-athlètes peuvent changer d’établissement. Grâce à cette plateforme, une procédure autrefois lourde et coûteuse a fait place à un système simple et de plus en plus pratiqué.

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Vous n’avez pas assez de temps de jeu ? Portail de transfert.

L’entraîneur est trop exigeant ? Portail de transfert.

Les sponsors sont meilleurs ailleurs ? Portail de transfert.

Je laisse à nos discussions de famille la question de savoir si ce portail de transfert est ou non une bonne chose. Une chose est sûre : ce système est là pour rester.

Et dans les églises ?

Tandis que ce portail de transfert a transformé le sport universitaire, j’ai remarqué au cours de mes 16 années de pastorat dans la même ville un phénomène similaire dans la vie de l’église. Bien qu’il n’y ait pas de « portail de transfert » officiel entre les églises, la recherche de satisfaction immédiate de certains athlètes universitaires n’est pas étrangère à certains de ceux qui fréquentent nos communautés.

Un meilleur programme pour les jeunes à proximité ? Transfert d’église.

Le pasteur n’est pas tout à fait d’accord avec mes idées politiques ? Transfert d’église.

Les responsables ont prévu certains changements qui ne nous plaisent pas ? Transfert d’église.

Comme les entraîneurs sportifs qui s’efforcent de s’adapter à cette nouvelle réalité, les pasteurs se retrouvent souvent démunis face à ce qui apparaît parfois comme du « zapping d’église ». Mais si on y réfléchit bien, cette nouvelle normalité, certes perturbante, ne devrait pas nous submerger. Une bonne préparation peut faire toute la différence.

Voici huit directions pratiques, à la fois proactives et réactives, pour cheminer intelligemment face à ces dynamiques de transfert.

Des pistes proactives pour renforcer l’engagement des membres

1. Cultiver une appartenance significative à l’église afin d’atténuer la dynamique des transferts

Le Nouveau Testament encourage l’adhésion à l’église locale plus qu’il ne l’impose explicitement. Mettre en place un système d’adhésion bien pensé peut cependant aider les membres à mieux se sentir impliqués. Quand de nouvelles personnes suivent un processus d’adhésion — rencontrer un ancien, signer une charte, s’impliquer dans le service, participer financièrement, assister aux réunions régulières des membres — ils s’intègrent plus profondément au tissu de l’église. Ils font moins office de spectateurs et s’impliquent davantage. Lorsque la vie de l’église devient difficile, ils sont plus susceptibles de tenir bon.

2. Offrir une vision convaincante de la vie de disciple au service des autres

Il faut que nous aidions les gens à comprendre qu’il y a « plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20.35). C’est lorsque nous sommes généreux et que nous nous mettons au service des autres que nous ressemblons le plus à Jésus. Au-delà du simple encouragement au service, nous devons cultiver l’envie d’avoir un véritable cœur de serviteur, un esprit humble, content de servir. Apprendre à vivre dans cet état d’esprit nous aide à nous concentrer naturellement davantage sur le Seigneur et sa mission que sur la recherche de meilleurs programmes ou expériences.

3. Enseigner à bien quitter une église

La plupart des gens ne passeront pas toute leur vie dans la même église locale. Toutes sortes de raisons légitimes peuvent obliger les membres à partir (changement de vie, mutation professionnelle, rapprochement avec la famille, etc.). Nous avons à cœur d’enseigner à nos membres à bien vivre ces moments. Notre dossier d’adhésion comprend ainsi une annexe avec des conseils pour réussir son départ.

Nous encourageons nos membres à :

  • Avoir une bonne raison de partir
  • Communiquer leur décision au(x) responsable(s) approprié(s)
  • Exprimer honnêtement les raisons de leur départ
  • S’ils ont la charge d’un service, assurer une transition ou une conclusion adaptée à cet engagement
  • Partir dans un esprit de grâce, sans nourrir ni répandre de rancœur.

Échanger de manière proactive sur ces sujets permet à tous de vivre ce moment avec une plus grande maturité.

4. Construire des relations solides avec d’autres pasteurs locaux

Des relations intentionnelles avec d’autres pasteurs locaux présentent de nombreux avantages. Elles favorisent une communication ouverte et peuvent aider à développer une affection sincère. Lors de transferts d’église, ces éléments s’avéreront très importants pour les points suivants.

Des pistes réactives pour bien gérer les transferts d’église

1. Rendre témoignage de notre affection chrétienne à l’égard des autres églises

Lorsque de nouveaux venus arrivent en disant du mal de leur ancienne église, veillons à ce que notre réponse témoigne de notre affection pour ces autres frères et sœurs et leurs bergers. Cela fera plus que de limiter la diffusion d’une éventuelle négativité. Il n’est pas bon de créer des liens avec de nouvelles familles sur la base d’une critique commune d’autres églises. Rappelons-nous que nous ne voulons pas bâtir des relations sur le présupposé que notre église serait supérieure aux autres.

2. Interroger les nouveaux venus sur leur départ de leur ancienne église

Il est très utile de poser des questions sur les églises que les nouvelles personnes ont fréquentées auparavant, sur la manière dont elles y ont été impliquées ou encore sur ce qui a motivé leur décision de partir et ce qui les a attirées vers notre église. Quel regard portent-elles sur la manière dont s’est passé leur départ de cette autre église ? Leurs réponses offriront de précieuses indications sur leur état de santé spirituel et sur la manière dont nous pourrons les accompagner dans la suite.

Si ces personnes ont quitté leur ancienne communauté dans de bonnes conditions, leur intégration dans la vie de notre église se présente favorablement. Cependant, si un conflit non résolu ou des sentiments amers font surface, un bon berger devrait encourager à ce que puisse s’engager un travail de guérison de blessures relationnelles qui pourraient encore s’envenimer. Ces conversations ne nous orienteront pas seulement pour de futurs soins pastoraux. Elles permettront également d’établir des attentes saines pour ceux qui décident de s’installer dans notre église.

3. Prendre contact avec l’ancien pasteur du nouvel arrivant

Il vaut la peine également de contacter le responsable de l’ancienne église du nouvel arrivant en lui posant cette simple question : « Cette personne fréquente maintenant notre église. Y a-t-il quelque chose que vous pensez que nous devrions savoir ? » Cela nous permettra de confirmer la manière dont s’est passé le départ et éventuellement d’obtenir des éléments de contexte importants (Pr 18.17). C’est pour cette raison qu’il est important d’établir intentionnellement des relations avec d’autres pasteurs de la région. Plus ces relations sont solides, plus les discussions peuvent être franches et plus il sera facile d’apprendre ce que l’on a besoin d’apprendre.

Certains pasteurs évitent de passer ce genre d’appels, craignant d’être mal à l’aise, de blesser les gens ou d’embarrasser le pasteur appelé. Mais rappelons-nous le troupeau dont nous devons prendre soin. Il vaut mieux être au clair sur les gens qui viennent à nous.

4. Ne pas en vouloir à ceux qui partent

Lorsque des membres quittent notre église, soyons bienveillants envers eux et soutenons-les s’ils essaient de partir d’une bonne manière. Il n’y a pas de mal à poser des questions sur leur processus de décision, et de montrer notre tristesse ou notre déception par rapport à leur départ. Notre honnêteté peut les honorer. Nous pouvons être en désaccord avec les raisons de leur départ ou blessés d’avoir été tenus à l’écart de leur décision, mais les choses sont ainsi. Une acceptation bienveillante servira au mieux les intérêts de chacun et aidera nos anciens membres à partir d’une bonne manière. De plus, j’ai appris au cours de mes vingt années de ministère que, parfois, ceux qui partent finissent par revenir. Une bonne attitude lors de leur départ ouvrira davantage la voie à un tel retour.

Prendre soin des âmes plutôt que gérer des effectifs

Tout comme peut l’être notre portail de transfert sportif, le zapping d’église est un aspect désagréable de la vie pastorale. Cette réalité peut être profondément décourageante, surtout lorsque quelqu’un qui vous est cher décide de partir.

Comme dans nos discussions familiales, on peut perdre du temps à nous plaindre ou à débattre pour savoir si cette nouvelle réalité est bonne ou mauvaise pour l’Église. Mais c’est passer à côté de l’essentiel. La vraie question n’est pas de savoir si nous trouvons cette réalité bonne. Il s’agit plutôt de savoir si nous nous sommes intentionnellement préparés à y répondre d’une bonne manière.

Peut-être que ce moment — l’ère du zapping d’église — nous offre une opportunité inattendue : incarner la vérité et la grâce à une époque où les gens peinent à s’engager. Lorsque nous gérons les transferts avec sagesse et amour, nous témoignons de quelque chose de plus grand : que le corps du Christ est plus grand que n’importe quelle église locale. Après tout, nous ne gérons pas des effectifs — nous accompagnons des âmes vers la ressemblance à Christ, où que ce voyage les conduise.

La culture du transfert n’est pas près de disparaître, mais la fidélité de Dieu à notre égard et à l’égard de notre église ne l’est pas non plus. Notre vocation de pasteur reste la même : paître les brebis que Dieu nous a confiées, qu’elles restent avec nous pour une saison ou pour toute la vie. En adoptant les orientations proposées ci-dessus, proactives comme réactives, nous rendrons nos cultures d’église plus fortes et plus saines pour ceux qui arrivent, ceux qui partent et ceux qui restent.

Luke Simmons est le pasteur principal de l’église Ironwood. Il accompagne des responsables et implanteurs d’églises, tout en créant des outils et formations pour pasteurs par le biais de FaithfulAndFruitful.com.

Traduit par Anne Haumont

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