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Des parents nigérians prient pour le retour de leurs enfants après un enlèvement massif

« Je souhaite simplement que quelqu’un puisse m’aider à ramener mon enfant à la maison, et vite. »

A ransacked student dormitory at St. Mary's Catholic School in Nigeria.

Une résidence étudiante saccagée à l'école catholique St. Mary's au Nigeria.

Christianity Today December 16, 2025
Ifeanyi Immanuel Bakwenye / Getty

December 8, 2025

Les autorités nigérianes ont secouru 100 élèves enlevés au cours du week-end, selon l’Association chrétienne du Nigeria (Christian Association of Nigeria, CAN). Aucune information n’a été communiquée sur la manière dont les enfants ont été libérés, sur l’identité des responsables de l’enlèvement ni sur d’éventuelles arrestations.

December 8, 2025

Le téléphone d’Emmanuel Laigan, vibrant sans relâche, l’a réveillé à 5 heures du matin le 21 novembre.

« L’école de ton fils vient d’être attaquée », lui a dit son frère. Laigan a bondi hors de son lit et parcouru à moto les onze kilomètres qui le séparaient de l’école primaire et secondaire catholique Sainte-Marie, à Papiri, une communauté de l’État du Niger, dans le centre-nord du Nigeria.

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Lorsqu’il est arrivé devant les grilles une heure plus tard, l’école était en plein chaos. Les assaillants avaient saccagé les dortoirs et jeté les lits dans la cour. Les vêtements, chaussures et livres des élèves jonchaient le sol poussiéreux. Des familles paniquées se pressaient à l’entrée. Une mère pleurait en appelant sans cesse le nom de sa fille. Un père restait figé sur place. D’autres parents s’effondraient à genoux.

Laigan a appris que des bandits armés avaient enlevé son fils Habila, élève de première année, lors du raid nocturne.

« Je me suis senti défaillir », a confié Laigan à Christianity Today par l’intermédiaire d’un traducteur. « Mon fils est un garçon calme. Je ne comprends pas pourquoi quelqu’un ferait cela à des enfants. »

Membre de l’Église missionnaire unie d’Afrique (United Missionary Church of Africa), Laigan explique que sa famille s’appuie sur le soutien constant, les visites et les prières de son Église dans l’attente de nouvelles concernant Habila.

Au total, les ravisseurs ont enlevé 315 victimes chrétiennes à Sainte-Marie, dont 303 élèves âgés de 5 à 18 ans et 12 membres du personnel — le plus important enlèvement scolaire de masse jamais enregistré au Nigeria. Cinquante élèves s’étaient échappés au 23 novembre. Au moins 250 personnes, dont Habila, restent portées disparues.

Paulina Ishaya, agente de santé bénévole à l’école, raconte que des coups de feu l’ont réveillée vers 1 h 30 du matin. « L’une des infirmières nous a dit qu’il y avait des bandits dans l’école », a-t-elle déclaré à CT. « Nous avons immédiatement fui, sauté par-dessus la clôture et nous sommes cachées dans un bus jusqu’au lever du jour. »

Les autorités n’ont pas encore identifié les responsables de l’enlèvement, et les ravisseurs n’ont pas pris contact avec les familles, selon Daniel Atori, porte-parole de la CAN dans l’État du Niger. Pendant ce temps, les familles sont brisées et vivent dans une peur constante, explique Ishaya : « Beaucoup de parents pleurent du matin au soir à cause de leurs enfants. Certains n’arrivent même plus à manger. »

Atori indique que l’association a décrété trois jours de jeûne et de prière à partir du 5 décembre pour demander le retour sain et sauf des captifs.

L’attaque est survenue à moins d’une semaine de deux autres enlèvements de masse. Le 17 novembre, des hommes armés ont pris d’assaut une école publique de jeunes filles située à environ 187 kilomètres au nord de Papiri et ont enlevé 25 élèves musulmanes. Deux jours plus tard, des bandits ont attaqué l’Église apostolique du Christ dans l’État voisin de Kwara, tuant deux fidèles et enlevant 38 autres pendant un culte retransmis en direct. Les ravisseurs ont exigé des rançons, mais ont libéré les otages après que le gouvernement a menacé d’intervenir militairement.

Les enlèvements scolaires et l’attaque contre l’église sont survenus quelques semaines après que le président américain Donald Trump a désigné le Nigeria comme un « pays particulièrement préoccupant » (country of particular concern, CPC). Trump a suggéré de suspendre certaines aides au Nigeria en raison de l’inaction du gouvernement face aux violences anti-chrétiennes.

Le gouvernement nigérian a rejeté ces accusations, niant que les chrétiens soient davantage ciblés que d’autres groupes. Jere Gana, ancien ministre nigérian de l’Information, a déclaré aux médias locaux que les menaces de Trump pourraient avoir déclenché la récente vague d’enlèvements scolaires, les groupes terroristes utilisant les enfants comme « boucliers humains ».

Selon Gana, le choix des lieux d’attaque suggère que les ravisseurs se sont délibérément repliés dans des zones forestières en prévision de frappes aériennes.

Le responsable de l’école Sainte-Marie, Bulus Dauwa Yohanna, a critiqué le gouvernement nigérian pour n’avoir fourni « aucun effort significatif » afin de secourir les victimes encore retenues en captivité.

« Je n’ai connaissance d’aucune action du gouvernement au-delà de la collecte des noms des élèves », a-t-il déclaré à la BBC.

Yohanna, également évêque du diocèse catholique romain de Kontagora, a contesté les affirmations du gouvernement de l’État du Niger selon lesquelles l’Église aurait ignoré des ordres de fermeture de l’école en raison de menaces d’attaque, affirmant qu’aucun ordre de ce type ne leur avait été communiqué.

Le 22 novembre, au lendemain de l’attaque contre Sainte-Marie, le gouvernement de l’État du Niger a finalement fermé toutes les écoles de l’État.

Atori, le porte-parole de la CAN, a dénoncé le sort des familles prises dans l’engrenage de la violence et de l’insécurité croissantes au Nigeria.

« Cela a été un choc », a-t-il confié à CT. « Maintenant, les écoles sont fermées. Dieu seul sait ce que ces gens préparent pour la suite. »

Selon Atori, la prière et l’unité dans les Églises apportent un certain réconfort aux parents dévastés. « Nos prières portent du fruit. Dieu agit et répond. »

Les enlèvements massifs dans les écoles nigérianes remontent à 2014, lorsque des militants de Boko Haram ont enlevé 276 adolescentes, pour la plupart chrétiennes, dans un lycée public de Chibok, dans l’État de Borno, au nord-est du pays. Si environ 160 ont réussi à s’échapper ou ont été libérées, une centaine restent portées disparues ou retenues en captivité.

En 2018, le groupe djihadiste islamiste a attaqué une autre école publique de jeunes filles à Dapchi, dans l’État de Yobe, enlevant 110 élèves. Boko Haram signifie « l’éducation occidentale est interdite ».

Depuis l’entrée en fonction du président nigérian Bola Tinubu en mai 2023, au moins cinq enlèvements scolaires de masse ont eu lieu. Des bandits ont également enlevé plus de 100 membres du clergé chrétien dans le cadre de la crise croissante des kidnappings. Le pasteur nigérian Audu Issa James est mort cet automne alors qu’il était en captivité.

Pour Laigan et sa famille, chaque jour qui passe depuis l’enlèvement de leur fils est marqué par le désespoir. Son épouse, Lydia, refuse de s’alimenter. Ils n’ont reçu aucune nouvelle des forces de sécurité gouvernementales.

« On nous a dit que, puisque le gouverneur était informé, ils s’en occuperaient », explique Laigan. « Mais voilà notre crainte : nous ne savons pas s’ils vont vraiment sauver nos enfants. »

À chaque rumeur de libération, Laigan se rend précipitamment sur les lieux où les otages auraient été aperçus, mais son fils reste introuvable.

« Je souhaite simplement que quelqu’un puisse m’aider à ramener mon enfant à la maison, et vite.

Traduit par Jonathan Nabié

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