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Les chrétiens nigérians réclament aux États-Unis une reconnaissance officielle de leur persécution

« Personne ne souhaite voir son pays sur cette liste, mais y remettre le Nigeria devrait inciter le gouvernement à agir. »

Christianity Today March 26, 2025

Il y a environ quatre ans, l’administration Biden retirait le Nigeria de la liste américaine des pays « particulièrement préoccupants » en matière de liberté religieuse. Les attaques visant les chrétiens et d’autres groupes religieux perpétrées par des milices islamistes continuent pourtant. Elles conduisent des responsables religieux locaux ainsi que des membres du Congrès américain à demander que cette classification soit rétablie.

Dans le pays le plus peuplé d’Afrique, un cycle meurtrier de violences perdure depuis plusieurs années. Clergé et fidèles chrétiens, ainsi que des musulmans modérés, sont victimes de meurtres et d’enlèvements. L’ONG chrétienne Portes Ouvertes a récemment indiqué qu’en 2024, environ 3 100 chrétiens ont été tués et plus de 2 000 enlevés au Nigeria.

La semaine dernière, le représentant américain Chris Smith (New Jersey), président de la sous-commission des Affaires étrangères pour l’Afrique, a organisé une audition sur les violations de la liberté religieuse au Nigeria. Parmi les intervenants figuraient Mgr Wilfred Anagbe, évêque catholique du diocèse de Makurdi (centre du Nigeria), et Tony Perkins, président du Family Research Council et ancien commissaire à la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale.

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Mgr Anagbe a accusé le gouvernement et la police nigérians de ne rien faire pour stopper les violences. Il a témoigné devant la sous-commission que, en plus des meurtres, des enlèvements et des viols, les chrétiens se voient régulièrement refuser l’accès aux fonctions publiques. « Nous vivons dans la peur, car à tout moment, cela peut être notre tour d’être tués », a-t-il déclaré.

Lors de son audition, Tony Perkins a de son côté exhorté la Maison-Blanche à rétablir le statut de « pays particulièrement préoccupant » du Nigeria, en vertu de l’International Religious Freedom Act, qui permet au président américain d’imposer des sanctions économiques.

« Les États-Unis devraient appliquer des sanctions économiques ciblées contre les responsables nigérians complices de persécutions religieuses », a-t-il affirmé, ajoutant que les accords commerciaux et sécuritaires devraient également servir de levier. Il a aussi appelé à la nomination par l’administration Trump d’un nouvel ambassadeur pour la liberté religieuse internationale.

Parmi les voix qui s’élèvent au Nigeria, on peut citer celle du pasteur baptiste John Joseph Hayab, président de l’Association chrétienne du Nigeria pour 19 États du Nord. Il a récemment déclaré à RNS : « Personne ne souhaite voir son pays sur cette liste, mais y remettre le Nigeria devrait encourager le gouvernement à agir. »

Selon Hayab, la violence ne vise pas uniquement les chrétiens, et cette désignation permettrait de pousser les autorités à promouvoir la justice et à garantir des droits égaux pour tous, sans qu’un groupe religieux soit considéré comme supérieur à un autre.
« Toutes ces personnes n’auraient pas dû mourir si le gouvernement avait agi. Je pense que cette désignation pourrait le pousser à se réveiller. J’espère qu’il le fera avant d’être remis sur la liste », a-t-il ajouté.

Le gouvernement nigérian, de son côté, rejette les accusations de meurtres ciblés de chrétiens. Il affirme que, bien que certains rapports du Congrès américain aient mené à l’inscription du pays dans cette liste par le passé, les défis sécuritaires du pays sont complexes et ne relèvent pas de persécutions religieuses.

« Les problèmes de sécurité actuels découlent de la criminalité, du terrorisme et de conflits communautaires, en particulier entre agriculteurs et éleveurs, exacerbés par le changement climatique, la croissance démographique et la concurrence pour l’accès aux terres », a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Sur les près de 229 millions d’habitants du Nigeria, 53,5 % sont musulmans et 45,9 % chrétiens. Les violences sont principalement perpétrées par deux groupes : les extrémistes islamistes de Boko Haram et de ses factions dissidentes, ainsi que divers groupes armés ou « bandits » liés à des éleveurs peuls musulmans. En raison de la désertification de leurs pâturages, ces derniers mènent depuis des années une campagne d’appropriation de terres contre les agriculteurs chrétiens dans la « ceinture centrale » du Nigeria, une région fertile à majorité chrétienne.

En août dernier, l’Observatoire de la liberté religieuse en Afrique a rapporté qu’une milice ethnique peule, peu connue du grand public, était responsable de la majorité des tueries au Nigeria.

D’après le rapport du 29 août, cette milice, organisée selon des lignes ethniques et religieuses, mène des attaques et des enlèvements sans rencontrer de résistance de la part des forces de sécurité nigérianes. Bien que les victimes soient aussi bien chrétiennes que musulmanes, les chrétiens subissent la majorité des violences : leurs maisons et leurs terres sont souvent incendiées.

Au cours des quatre dernières années, la milice aurait tué plus de 55 000 personnes et enlevé plus de 21 000 autres dans la zone Centre-Nord et le Sud de l’État de Kaduna.

Mgr Oliver Dashe Doeme, évêque catholique du diocèse de Maiduguri, au nord-est du pays, soutient également la réinscription du Nigeria comme pays à risque. « Que cela se fasse, pour que le monde voie ce que nous vivons. La vérité nue, c’est que le Nigeria est au bord de l’effondrement », confie-t-il lors d’un entretien téléphonique.

Qualifiant les persécutions des chrétiens de « quotidiennes », l’évêque ajoute : « Notre gouvernement ne fonctionne pas correctement, c’est pourquoi ces criminels peuvent se déplacer librement en terrorisant des citoyens innocents, y compris des prêtres censés être respectés. Que le monde le sache. Le monde occidental garde le silence sur ce que nous vivons ici. »

Les responsables de l’Église catholique affirment que 145 prêtres ont été enlevés au cours des dix dernières années, dont 11 ont été tués et 4 sont toujours portés disparus.

Dernier exemple en date : un prêtre et un séminariste de 21 ans ont été enlevés le 3 mars dans le diocèse d’Auchi, dans l’État d’Edo. Libéré dix jours plus tard, le prêtre a révélé que le séminariste avait été tué. Un autre prêtre catholique, du diocèse de Kafanchan, a été retrouvé assassiné le 5 mars.

« Ils n’ont aucune considération pour les prêtres », dit Mgr Doeme. « Ils ne les respectent pas, c’est pourquoi ils sont enlevés partout, et certains sont tués. »

« Mais nous sommes un peuple de foi, et nous ne perdons pas l’espérance », conclut-il.

Fredrick Nzwili, depuis Nairobi (Kenya) — Religion News Service

Traduit par Camille Westphal Perrier pour Infochrétienne et révisé par Christianity Today

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