News

Les anglicans conservateurs renoncent à élire un rival à l’archevêque de Cantorbéry

Le Gafcon a plutôt choisi une direction collégiale alors qu’il cherche à réorganiser la communion anglicane face au virage libéral de Cantorbéry.

L'évêque rwandais Laurent Mbanda, nouvellement élu à la tête du Conseil anglican mondial, pose pour une photo à Abuja le 5 mars 2026.

L'évêque rwandais Laurent Mbanda, nouvellement élu président du Conseil anglican mondial, pose pour une photo à Abuja le 5 mars 2026.

Christianity Today March 10, 2026
Light Oriye Tamunotonye / Getty

À l’approche du rassemblement de la semaine dernière des anglicans conservateurs du monde entier à Abuja, au Nigeria, les responsables devaient élire un nouveau chef spirituel « premier parmi ses pairs » afin de rivaliser avec l’archevêque de Cantorbéry, en raison de leur opposition au libéralisme croissant dans la dénomination.

Finalement, à la suite de ce que ses dirigeants ont décrit comme un « mouvement du Saint-Esprit », la Fraternité mondiale des anglicans confessants (Global Fellowship of Confessing Anglicans, Gafcon) a décidé d’adopter une direction de type collégial, a annoncé jeudi aux participants Paul Donison, secrétaire général du mouvement. Le nouveau Conseil anglican mondial (Global Anglican Council), récemment rebaptisé, comprendra des primats (les archevêques ou évêques principaux d’une province), des évêques, des membres du clergé et des laïcs, et sera dirigé par un primat élu. Les responsables ont choisi à l’unanimité l’archevêque du Rwanda, Laurent Mbanda, comme nouveau président.

Recevez nos articles en français directement sur votre téléphone ! Rejoignez notre chaîne WhatsApp.

Donison a expliqué à Christianity Today que les dirigeants du Gafcon, qui représentent en grande partie le Sud global, ont pris cette décision afin de « laisser derrière eux les instruments de communion défaillants de Cantorbéry » et d’adopter un système plus démocratique dans lequel chaque province, quelle que soit sa taille ou son influence, dispose d’une voix.

« Dans notre monde, les personnes et les institutions s’accrochent habituellement à l’autorité et au pouvoir qu’elles possèdent, a déclaré Donison. Mais à ce moment-là, d’une manière glorieusement sans précédent, les primats du Gafcon ont voté pour partager réellement leur pouvoir. »

Yassir Eric, originaire du Soudan et évêque d’Ekkios  un diocèse non géographique destiné aux croyants issus d’un arrière-plan musulman a déclaré avoir été touché de voir le Gafcon abandonner le titre de « premier parmi ses pairs » et constater la volonté des responsables de renoncer à une part de leur pouvoir.

« Voir certains primats, comme ceux de l’Église du Nigeria, qui est la plus grande Église représentée ici, accepter de partager le pouvoir avec des laïcs, des évêques et d’autres primats c’est réellement le principe directeur et l’humilité que j’ai observés dans cette salle », a-t-il affirmé.

Il a souligné qu’Ekkios s’étend de l’Afrique de l’Ouest à l’Asie centrale, des régions marquées par de fortes persécutions et une instabilité politique. La plupart des personnes avec lesquelles il travaille ne viennent pas d’un arrière-plan anglican et vivent dans des contextes où être associé à une Église occidentale peut être dangereux. « C’est pourquoi nous nous alignons sur le Sud global », a-t-il expliqué.

Près de 350 évêques ainsi que 120 responsables laïcs et membres du clergé provenant de plus de 180 diocèses ont participé à la conférence, représentant environ 80 % des anglicans du monde, selon Donison. Le Gafcon affirme qu’il ne se sépare pas de l’Église anglicane mondiale. Selon lui, ce sont plutôt les « écarts doctrinaux et moraux par rapport à l’enseignement de l’Écriture » au sein de la Communion anglicane — notamment sur la question du mariage entre personnes du même sexe — qui ont disqualifié Cantorbéry comme véritable direction de l’Église.

« Nous ne sommes pas une nouvelle Communion anglicane, a déclaré Justin Murff, porte-parole du Gafcon. Nous sommes la Communion anglicane réorganisée. »

Le Gafcon est né en 2008 lorsqu’une coalition de responsables d’Églises a boycotté la Conférence de Lambeth réunion décennale des évêques anglicans — et s’est réunie à Jérusalem pour protester contre les Églises anglicanes occidentales qui bénissaient des unions de même sexe et nommaient des hommes et des femmes homosexuels comme évêques. Le mouvement a également accueilli l’Église anglicane d’Amérique du Nord en son sein.

Puis, en 2023, le Gafcon a rejeté la reconnaissance de l’archevêque de Cantorbéry de l’époque, Justin Welby, comme chef de la communion après que l’Église anglicane eut accepté de bénir des mariages entre personnes du même sexe. (La proposition a ensuite été abandonnée, bien que le synode ait indiqué qu’il pourrait réexaminer une future proposition.)

La situation a atteint un point critique en octobre dernier lorsque l’Église d’Angleterre a choisi Sarah Mullally comme première femme archevêque de Cantorbéry. Le Gafcon a déclaré que l’Église avait abandonné les anglicans du monde entier en choisissant une dirigeante qui défend des positions révisionnistes sur le mariage et la sexualité, Mullally ayant présenté la motion visant à offrir des bénédictions aux couples de même sexe.

Mbanda a appelé les Églises à choisir entre faire partie du Gafcon ou de la Communion anglicane officielle, ce qui les obligerait à cesser de participer aux réunions et de recevoir des financements de l’Église si elles rejoignaient le Gafcon.

Samuel Egesa, évêque ougandais, a déclaré que l’Écriture définit clairement le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme et que les Églises anglicanes ne devraient pas pouvoir désobéir ouvertement à la Parole de Dieu.

« Nous disons que l’avenir est déjà là, a déclaré Egesa. Le Gafcon est la Communion anglicane originelle, celle qui suit réellement l’Évangile. »

Si certains critiques affirment que le Gafcon rejette la direction de Mullally parce qu’elle est une femme, le groupe conservateur répond que la question en jeu est plutôt de savoir « si c’est l’Écriture ou la culture contemporaine qui gouverne la vie de cette Église », a expliqué Murff aux journalistes lors de la conférence.

Selon Donison, la majorité des anglicans dans le monde est favorable à un épiscopat exclusivement masculin, mais le Gafcon ne possède pas de position officielle sur l’ordination des femmes. La décision est laissée à chaque province et à chaque diocèse.

« C’est une question secondaire sur laquelle des chrétiens fidèles peuvent être en désaccord, a-t-il déclaré. Le rôle du Gafcon n’est pas de résoudre toutes les questions pour le monde entier, mais de conduire et de préserver l’unité de la foi autour des doctrines essentielles. »

La Communion anglicane prévoit de discuter des propositions visant à gérer les désaccords entre l’Église d’Angleterre et les Églises anglicanes du monde lors d’une conférence à Belfast en juin et juillet. Le Gafcon a toutefois indiqué qu’il y prendrait part. Donison a ajouté que le mouvement n’entretient aucune relation avec l’archevêque de Cantorbéry et qu’il ne l’accepterait que « si elle change de position d’un point de vue biblique ».

Cependant, un autre groupe d’anglicans conservateurs, la Global South Fellowship of Anglican Churches (GSFA), a déclaré rester en communion avec l’Église d’Angleterre. Donison a noté que le Gafcon et la GSFA se recoupent en partie et entretiennent régulièrement des échanges.

« Nous prions les uns pour les autres et nous nous soutenons mutuellement, a-t-il déclaré. La plupart d’entre eux sont déjà avec nous. Pas tous, mais pour ceux qui ne le sont pas encore, nos bras restent grands ouverts. »

Eric, l’évêque d’Ekkios, estime que le Gafcon correspond bien à la population qu’il sert. Ancien extrémiste musulman, il est devenu chrétien après que Dieu eut miraculeusement guéri son cousin. Depuis sa conversion en 1991, Eric œuvre pour soutenir des convertis au christianisme comme lui.

« Quand nous apprenons à connaître Jésus, nous perdons en quelque sorte tout.  La communauté, l’identité, l’appartenance, a-t-il déclaré. Nous cherchons à offrir une maison à ces personnes. Et nous ne nous intégrons pas dans la structure de Cantorbéry. »

Selon lui, les membres d’Ekkios ont besoin d’une communauté où les nouveaux convertis sont accompagnés et défendus, une communauté centrée sur l’Écriture et la vérité. Il compare l’Église à une mère — umma en arabe qui accueille et prend soin d’un enfant dès le sein maternel.

« Quand on quitte l’islam pour le christianisme, on cherche une umma, a-t-il expliqué. Et pour nous, l’Église anglicane mondiale est notre umma. C’est notre communauté, notre mère.

Traduit par Jonathan Nabié

Pour être informé de nos nouvelles traductions en français, abonnez-vous à notre newsletter et suivez-nous sur Facebook, X, Instagram ou Whatsapp.

Our Latest

News

Un tribunal indien autorise les chrétiens à tenir des réunions de prière à domicile

Vikram Mukka

Malgré cette bonne nouvelle venue de l’État de l’Uttar Pradesh, les croyants restent préoccupés par l’abus des lois anti-conversion.

News

Les anglicans conservateurs renoncent à élire un rival à l’archevêque de Cantorbéry

Emmanuel Nwachukwu à Abuja, au Nigeria

Le Gafcon a plutôt choisi une direction collégiale alors qu’il cherche à réorganiser la communion anglicane face au virage libéral de Cantorbéry.

News

Quatre ans après le début de la guerre, la vie continue pour les Ukrainiens

Jill Nelson

Alors même que Moscou fait de l’hiver une arme redoutable, les habitants assistent à des conférences religieuses, font de la luge et organisent des festivités.

News

Les combats au Nigéria contraignent les convertis chrétiens à l’exil.

Emmanuel Nwachukwu

Dans les communautés musulmanes, les nouveaux chrétiens sont souvent exclus de leurs familles. Un converti peulh appelle les Églises à les accueillir.

News

Au moins 18 chrétiens tués lors de la répression des manifestations en Iran

Jill Nelson

Les Iraniens espèrent une intervention des États-Unis après que le régime de Téhéran a tué des milliers voir des dizaines de milliers de personnes le mois dernier.

News

Les évangéliques européens adaptent leurs ministères de lutte contre la traite des êtres humains

Les lois et les attitudes face à la prostitution variant d’un pays à l’autre, les priorités des organisations à but non lucratif locales diffèrent également.

News

Des chrétiens apportent nourriture, médicaments et réconfort spirituel à la frontière du Venezuela

Hernán Restrepo in Cúcuta, Colombia

Après la destitution de Maduro, les ministères de Cúcuta, en Colombie, ignorent si les migrants vénézuéliens rentreront chez eux ou si d’autres fuiront.

News

Les 50 pays les plus dangereux pour les chrétiens en 2026

De la Syrie au Soudan, les croyants du monde entier font face à une oppression et à des persécutions croissantes.

Apple PodcastsDown ArrowDown ArrowDown Arrowarrow_left_altLeft ArrowLeft ArrowRight ArrowRight ArrowRight Arrowarrow_up_altUp ArrowUp ArrowAvailable at Amazoncaret-downCloseCloseEmailEmailExpandExpandExternalExternalFacebookfacebook-squareGiftGiftGooglegoogleGoogle KeephamburgerInstagraminstagram-squareLinkLinklinkedin-squareListenListenListenChristianity TodayCT Creative Studio Logologo_orgMegaphoneMenuMenupausePinterestPlayPlayPocketPodcastprintRSSRSSSaveSaveSaveSearchSearchsearchSpotifyStitcherTelegramTable of ContentsTable of Contentstwitter-squareWhatsAppXYouTubeYouTube