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La Chine arrête un influent pasteur d’églises de maison

Les autorités chinoises ont arrêté Jin « Ezra » Mingri, pasteur principal de la l’Église de Sion, ainsi que des dizaines de responsables de cette communauté chrétienne.

An image of Pastor Jin Mingri of Zion Church.

Le pasteur Jin Mingri en 2018.

Christianity Today October 13, 2025
Fred Dufour / AFP

Depuis jeudi dernier, la police a interpellé près de trente pasteurs et membres du personnel de l’Église de Sion (Zion Church), un influent réseau chinois d’églises de maison, faisant craindre à beaucoup le début d’une nouvelle vague de persécutions contre les chrétiens dans le pays.

Les arrestations ont eu lieu dans au moins six villes de Chine. Vendredi, plus de dix agents ont fait irruption dans l’appartement du pasteur principal Jin « Ezra » Mingri, à Beihai, dans la province du Guangxi. L’organisation ChinaAid rapporte qu’ils ont fouillé son domicile toute la nuit avant de l’emmener menotté. Un autre pasteur a été arrêté à l’aéroport de Shenzhen. Par ailleurs, des fidèles ont perdu tout contact avec plus d’une douzaine de membres de l’église à Beihai et ignorent s’ils ont eux aussi été arrêtés.

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La fille de Jin, Grace, qui vit dans le Maryland, près de Washington, D.C., a appris la nouvelle vendredi matin. En se réveillant, elle a découvert l’appel à la prière que son père avait envoyé à propos de l’arrestation du pasteur Wang Lin. Peu après, sa mère, également installée aux États-Unis, l’a appelée pour lui dire qu’elle n’arrivait plus à joindre son père. Elles ont ensuite découvert qu’il avait été arrêté à Beihai.

Grace savait que cela pouvait arriver. En 2018, le gouvernement avait déjà fermé le lieu de culte principal de l’Église de Sion à Pékin. Depuis la pandémie, la communauté a cependant connu une croissance rapide grâce à un modèle hybride de diffusion en direct de ses rencontres à de petits groupes réunis à travers le pays. Aujourd’hui, le réseau de cette église compte près de 10 000 membres répartis dans 40 villes. C’est sans doute en raison de cette expansion que le gouvernement chinois avait intensifié sa répression, interrompant des cultes et arrêtant des pasteurs et des fidèles — souvent relâchés après quelques jours.

« Je ne voulais pas y croire », raconte Grace. Elle a d’abord minimisé l’absence de nouvelles de son père, pensant que les autorités l’avaient simplement invité à « boire le thé » — un euphémisme chinois pour désigner un interrogatoire policier. « Je ne voulais pas imaginer ce que cela signifiait réellement. »

Jin, d’origine ethnique coréenne au nord-est de la Chine, s’est converti au christianisme après le massacre de la place Tiananmen, qui l’avait profondément désillusionné vis-à-vis du régime communiste. Il trouva dans une église locale une espérance qu’il n’avait jamais connue ailleurs. En 2007, il fondait l’Église de Sion avec moins de vingt fidèles. Dix ans plus tard, elle était devenue l’une des plus grandes églises de maisons non enregistrées du pays, avec environ 1 500 membres et plus de vingt pasteurs. Lorsque j’ai visité l’église à Pékin en 2018, avant la répression, elle se réunissait au troisième étage d’un immeuble de bureaux et était dotée d’une salle de culte spacieuse et moderne, d’un café et d’une librairie chrétienne.

Le gouvernement a commencé à menacer de fermer l’église en août 2018, après que Jin a refusé d’installer des caméras de surveillance à l’intérieur. Les autorités ont alors fait pression sur une centaine de fidèles pour qu’ils cessent de s’y rendre. En septembre de la même année, l’église a été officiellement interdite et les locaux scellés. La police a détenu Jin et d’autres responsables pendant quelques heures avant de les relâcher.

La nouvelle vague de répression est différente, explique Sean Long, pasteur du réseau d’églises et doctorant en théologie au Wheaton College. Dans une opération coordonnée, les polices de plusieurs villes ont obtenu des mandats d’arrêt contre des responsables et des membres du personnel. Ceux-ci sont accusés de « diffusion illégale d’informations religieuses sur Internet », explique Long.

Il souligne toutefois que Jin s’attendait à une telle vague de persécutions. Dès 2018, avant même la fermeture de l’église, il avait envoyé Long et sa famille à l’étranger afin que l’arrestation de responsables ne laisse pas l’église sans direction. Sa femme, sa fille et ses deux fils ont également émigré aux États-Unis afin que le gouvernement ne puisse pas les utiliser comme levier.

Cette année encore, Jin avait pressenti une nouvelle tempête. Lors d’un appel en visioconférence, Long lui avait demandé ce qu’il adviendrait si tous les responsables de l’église étaient arrêtés. Jin avait répondu : « Alléluia, car une nouvelle vague de réveil spirituel approcherait. »

Les arrestations ont tout de même choqué Long : « C’est une violation flagrante de la Constitution chinoise, qui garantit à chaque citoyen la liberté de croyance religieuse. »

Dans une lettre de prière publiée samedi, l’Église de Sion a mentionné d’autres églises de maisons récemment persécutées : en mai, la police de la ville de Xi’an a arrêté le pasteur Gao Quanfu, de l’Église de la Lumière de Sion, accusé d’avoir « utilisé des activités superstitieuses pour compromettre l’application de la justice ». En juin, dix membres de l’Église du Chandelier d’or de Linfen ont été emprisonnés pour fraude, et le pasteur Yang Rongli a écopé de quinze ans de prison.

Pendant que les responsables en Chine sont détenus, Long et plusieurs autres pasteurs résidant à l’étranger, notamment en Corée du Sud et au Canada, continueront de diriger l’Église Sion.

Les cent églises de maison liées au réseau, comptant chacune entre 5 et 50 personnes, prévoient de continuer à se réunir comme d’habitude, explique Long. Certains se retrouvent dans des salons, d’autres se rassemblent dans des salles privées dans des restaurants. Dimanche dernier était prévue une prédication à suivre sur Zoom offerte par un pasteur basé en Corée du Sud sur la lapidation d’Étienne (Ac 7.54–60), le premier martyr chrétien, puis un court message d’encouragement et une bénédiction de Long. Ensuite, les fidèles discutent ou étudient la Bible ensemble, parfois autour d’un repas.

« Pas de souffrance, pas de gloire — c’est l’élément le plus important de l’ADN spirituel du mouvement chinois des églises de maison à travers son histoire », affirme Long. « Nous sommes prêts à payer le prix de la vie de disciple. »

Traduit par Mélanie Boukorras pour Infochrétienne.

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