News

Les chrétiens palestiniens se préparent à Pâques dans un contexte de guerre et de violence des colons

Une grande partie de la communauté a quitté le pays. Ceux qui restent n’ont pas accès aux lieux saints.

Des chrétiens assistent à la messe du dimanche des Rameaux à l'église catholique Sainte-Catherine, dans la ville de Bethléem, en Cisjordanie occupée, le 29 mars 2026.

Des chrétiens assistent à la messe du dimanche des Rameaux à l'église catholique Sainte-Catherine, dans la ville de Bethléem, en Cisjordanie occupée, le 29 mars 2026.

Christianity Today April 2, 2026
Hazem Bader / Contributor / Getty

Par temps clair, en regardant vers l’est depuis son balcon à Bethléem, Usama Nicola peut apercevoir Amman, en Jordanie. Depuis que Israël et les États-Unis ont mené une attaque conjointe contre l’Iran le 28 février, ce père de trois enfants suit, en pleine journée, les traînées de fumée blanche laissées par les missiles iraniens. La nuit, des tirs traversent le ciel comme des étoiles filantes menaçantes. Chaque matin, Nicola constate que les lettres décoratives formant le mot L-O-V-E sur une étagère de son balcon ont été déplacées par les impacts des interceptions de missiles.

Dès la deuxième semaine de guerre, Nicola a supprimé l’application d’alerte israélienne de son téléphone : les sirènes installées dans les colonies autour de Bethléem suffisent à le prévenir. Lors des attaques, lui et sa famille n’ont d’autre choix que de rester à l’abri chez eux. Contrairement à de nombreux Israéliens, la plupart des Palestiniens de Cisjordanie ne disposent pas de pièces sécurisées, et l’Autorité palestinienne n’a pas mis en place d’abris publics.

Recevez nos articles en français directement sur votre téléphone ! Rejoignez notre chaîne WhatsApp.

« Nous sommes totalement entre les mains de Dieu », confie Nicola, catholique romain.

Aujourd’hui entrée dans son deuxième mois, la guerre a fait au moins 4 500 morts dans plus d’une douzaine de pays et provoqué une flambée des prix de l’énergie à l’échelle mondiale. Le président Donald Trump a affirmé que des discussions pour mettre fin au conflit progressaient, bien que l’Iran nie toute négociation directe. Israël et les États-Unis continuent de viser des sites militaires et nucléaires iraniens, tandis qu’Israéliens et Palestiniens subissent une moyenne de dix missiles iraniens par jour — soit une baisse de 90 % depuis le début du conflit.

Les chrétiens palestiniens vivant en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est sont moins de 47 000 et ne représentent qu’environ 1 % de la population. À l’approche de Pâques, ils subissent une pression intense : la guerre, des restrictions de circulation accrues et des violences incessantes des colons.

À cette période de l’année, Nicola guide habituellement habitants et touristes lors de randonnées dans le désert à l’est de Jérusalem et de Bethléem. Il trouve dans le silence du désert un apaisement. Les petites fleurs sauvages lui rappellent que, même dans des conditions difficiles, la vie continue. Pendant le Carême en particulier, il aime marcher dans ce désert, celui où le Christ fut tenté pendant quarante jours, pour écouter la voix de Dieu.

Cette année, alors que les 23 000 chrétiens du gouvernorat de Bethléem se préparent à célébrer Pâques, Nicola ne peut plus s’y rendre pour se ressourcer. Depuis le 7 octobre 2023, explique-t-il, le gouvernement israélien a fermé davantage de zones désertiques aux Palestiniens. De nouvelles barrières et de lourdes amendes les dissuadent d’entrer dans des secteurs auparavant accessibles — bien que ces terres fassent techniquement partie de la Cisjordanie et restent ouvertes aux Israéliens. Nicola décrit un sentiment d’enfermement.

Outre le mur de séparation, les checkpoints et les barrages routiers, une vingtaine de colonies et d’avant-postes établis dans la zone C de Cisjordanie encerclent les habitants de Bethléem. Des routes de contournement, réservées aux Israéliens, relient ces implantations. Nicola compare ce dispositif à un vaste filet jeté sur la Cisjordanie.

Les colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est abritent environ 737 000 colons, dont 100 000 dans le seul gouvernorat de Bethléem. Si le gouvernement israélien les considère légales au nom de la sécurité nationale et affirme qu’elles sont construites sur des « terres légitimement acquises », le droit international les considère comme illégales. L’ONU estime qu’elles sont bâties sur des terres expropriées appartenant au futur État palestinien

Pour beaucoup, la vie en Cisjordanie — occupée par Israël depuis 1967 — est devenue insupportable. Nicola dit entendre chaque jour parler d’un Palestinien qui se prépare à partir. En deux ans et demi, il estime que Bethléem a perdu 10 % de ses chrétiens. Des centaines de familles, présentes depuis des siècles en Terre sainte, ont émigré à la recherche de liberté, de meilleures perspectives économiques et d’un avenir pour leurs enfants.

« Je sais que partir serait mieux pour moi et pour mes enfants, dit-il. Mais j’ai choisi de rester, parce que je me sens lié à la ville de ma foi, à l’histoire de ma famille ici, à mon église, à mes racines profondes. Oui, nous perdons en liberté… mais ma foi me rend plus fort. Je dois rester humain malgré toutes ces pressions. »

Le départ progressif des chrétiens des territoires palestiniens n’est pas nouveau. En 1947, plus de 80 % des habitants de Bethléem étaient chrétiens. En 2017, en raison de l’émigration et d’un taux de natalité plus faible que celui des familles musulmanes, ils n’étaient plus qu’environ 10 %.

Fares Abraham a quitté Beit Sahour, à l’est de Bethléem, en 1998 pour étudier à l’Université Liberty. Après s’être converti lors d’une conférence de Rick Warren, il a travaillé comme contractuel pour le gouvernement américain.

Trois ans plus tard, sa famille l’a rejoint aux États-Unis, en pleine intensification des combats entre l’armée israélienne et des groupes armés palestiniens pendant la seconde Intifada. Nombreuses sont les nuits où ses parents et ses frères et sœurs dormaient à même le sol pour éviter les balles traversant leurs fenêtres. Quelques heures après leur départ de Beit Sahour — qu’ils pensaient temporaire —, son oncle a appelé pour dire que leur maison avait été bombardée par un char israélien.

En 2013, Abraham a fondé Levant Ministries, une organisation internationale qui accompagne de jeunes chrétiens arabes et les encourage à partager dans leurs communautés le message de l’Évangile.

L’organisation travaille avec des jeunes de Bethléem, dont beaucoup se sentent piégés. « Quand ils ne trouvent pas d’emploi correctement rémunéré, quand ils n’ont pas de terrain pour construire, quand ils n’ont pas accès aux routes, quand ils ne peuvent pas circuler librement, cela crée un vide immense et un profond sentiment de désespoir lié à l’occupation militaire israélienne », explique Abraham.

Installé aujourd’hui à Orlando, en Floride, avec sa femme et ses trois enfants, il décrit les chrétiens palestiniens comme le « sel de la terre » et une composante vivante du corps du Christ en Terre sainte. Il estime qu’ils ont un rôle essentiel dans une région marquée par le conflit, et juge alarmante la diminution de leur présence.

Une enquête de 2020 par le Centre palestinien de recherche sur les politiques et les enquêtes et le Philos Project indique que 60 % des chrétiens palestiniens ont quitté la région pour des raisons économiques. À Bethléem, plus de la moitié d’entre eux travaillent dans le tourisme, un secteur fragilisé d’abord par le Covid-19, puis par la guerre entre Israël et le Hamas. Après le 7 octobre 2023, Israël a annulé les permis de travail de près de 100 000 Palestiniens employés en Israël et dans les colonies. En juillet 2025, seuls 11 % avaient été renouvelés.

Mais les préoccupations ne sont pas uniquement économiques. Plus de 80 % des personnes interrogées redoutent les attaques de colons, la perte de leurs droits civiques et l’expulsion de leurs terres. Environ 70 % se disent inquiets face à « l’occupation israélienne sans fin ».

« Si vous voulez bénir Israël, bénissez-le avec Jésus, et la meilleure façon de le bénir avec Jésus est de renforcer la présence chrétienne », a déclaré Abraham. « Pour moi, soutenir des politiques qui diminuent la présence chrétienne est un contre-évangile, c’est même contraire à l’Évangile. »

Buthina Khoury, réalisatrice et chrétienne grecque orthodoxe vivant à Taybeh, décrit les conséquences concrètes de ces politiques. Ce village d’environ 1 300 habitants, au nord de Jérusalem, dans le gouvernorat de Ramallah et d’Al-Bireh, est considéré comme le dernier village entièrement chrétien de Cisjordanie.

Alors qu’elle s’entretient avec Christianity Toyday, un missile iranien explose au-dessus d’elle. Pourtant, dit-elle, la guerre avec l’Iran ne l’effraie pas, surtout après avoir vu des Palestiniens mourir quotidiennement à Gaza durant le conflit israélo-palestinien . Pour elle, la véritable source de peur réside dans les attaques de colons radicaux et dans le contrôle des mouvements d’entrée et de sortie de Taybeh par les forces israéliennes.

Comme à Bethléem, les checkpoints et les routes fermées rendent les déplacements extrêmement difficiles. Avant la mort de son père, Khoury devait parcourir 18 kilomètres jusqu’à Ramallah pour ses séances de dialyse, restant parfois bloquée des heures sur la route. Ses neveux et nièces doivent quitter leur domicile à 5 h 30 pour arriver à l’école à 8 h.

La violence des colons a également frappé durement Taybeh. Selon Khoury, des groupes armés font parfois irruption la nuit, tirent sur les fenêtres et pénètrent dans les maisons. Ils ont incendié des voitures et inscrit des slogans racistes sur les murs. À l’automne, ils ont tiré sur des habitants venus récolter les olives. Au début de la guerre avec l’Iran, ils ont volé le cheval et le poney de son cousin, d’une valeur estimée à près de 10 000 dollars.

Le 21 mars, des colons ont mené une attaque coordonnée dans une vingtaine de localités de Cisjordanie après qu’un camion palestinien a percuté un quad, causant la mort d’un colon de 18 ans. À Taybeh, Khoury raconte qu’une trentaine de colons ont occupé une usine située dans une carrière à quelques kilomètres de chez elle. Ils ont hissé un drapeau israélien et expulsé le propriétaire, lui signifiant qu’il pouvait s’installer en Égypte ou en Jordanie.

Depuis le 7 octobre, les violences de colons ont fortement augmenté. En 2025, 867 incidents ont été recensés, selon le Times of Israel. L’armée israélienne et le Shin Bet, les services de sécurité israéliens, estiment qu’un groupe d’environ 300 colons radicaux est responsable de la majeure partie de ces violences. Sous l’administration du ministre de la Sécurité d’extrême droite, Itamar Ben-Gvir, les colons bénéficient généralement de la protection de l’armée ou de la police israélienne, et leurs crimes restent le plus souvent impunis.

Les Palestiniens qui tentent de se défendre sont « pris pour cible, tués, arrêtés, blessés ou battus », affirme Khoury. Le mois dernier, un berger bédouin de 29 ans a été battu et agressé sexuellement. Ses enfants et ses proches et un Américain qui séjournait chez eux, ont également été attaqués et leur ont volé leurs biens et 400 moutons.

Khoury affirme vouloir vivre selon les enseignements de Jésus — aimer son prochain, aimer ses ennemis, tendre l’autre joue —, mais reconnaît que la violence constante, dont elle a été témoin ces deux dernières années et demie, nourrit un profond désir de voir l’occupation prendre fin.

« Nous ne pouvons plus supporter davantage de violence, dit-elle. Nous ne pouvons plus supporter davantage d’humiliations. Nous ne pouvons plus accepter d’être traités comme des animaux. Nous avons payé un prix très lourd au fil des années. »

En attendant, elle tente de faire face en apportant un soutien matériel et moral à d’autres Palestiniens, chrétiens et musulmans, à Gaza et dans le nord de la Cisjordanie. Comme Jénine, Tulkarem et Naplouse, qui ont subi de plein fouet les incursions de Tsahal ces dernières années.

« Pour être proche du Christ, je dois être proche de tous ceux qui ont perdu des êtres chers », explique-t-elle.

Traditionnellement, à Taybeh, les chrétiens orthodoxes, catholiques et melkites se rassemblent à Pâques pour prier dans les ruines de l’église Saint-Georges, construite au Ve siècle pour commémorer le passage de Jésus dans la ville, alors appelée Éphraïm. Après le jeûne du Carême, les orthodoxes attendent de recevoir le « feu sacré » venu de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

Depuis 2019, Khoury n’a pas pu se rendre sur le lieu traditionnel de la crucifixion, de la mise au tombeau et de la résurrection de Jésus. Elle déplore de ne pouvoir obtenir de permis israélien pour aller à Jérusalem et prier dans l’église, alors que les touristes s’y rendent facilement.

Le pèlerinage de Nicola au Saint-Sépulcre le week-end de Pâques l’an dernier a viré au drame. Israël avait accordé à Nicola et à son fils Yazan, alors en quatrième, l’autorisation d’entrer à Jérusalem, mais pas à sa femme ni à ses deux autres enfants. À leur retour à Bethléem ce soir-là, Nicola a constaté que son retour avait été enregistré, contrairement à celui de son fils. En conséquence, les autorités ont interdit à Yazan de séjour à Jérusalem pendant plusieurs mois.

Cette année, Nicola ne pourra pas s’y rendre, bien qu’il considère son voyage à Jérusalem comme indissociable de Pâques. Après le début de la guerre avec l’Iran, Israël a fermé les principaux lieux saints — la mosquée Al-Aqsa, le mur des Lamentations et l’église du Saint-Sépulcre — pour une durée indéterminée.

Le dimanche des Rameaux, la police israélienne a empêché le cardinal Pierbattista Pizzaballa, chef de l’Église catholique en Terre sainte, et Francesco Ielpo, gardien de l’église du Saint-Sépulcre, d’y entrer. Face à l’indignation internationale, la police et les responsables religieux sont parvenus lundi à un accord autorisant la retransmission des offices de la Semaine sainte aux chrétiens du monde entier, mais l’accès à l’église sera réservé aux « représentants des Églises ».

Israël présente ces restrictions comme des mesures de sécurité, notamment après la chute récente de débris dans la vieille ville. Mais pour les musulmans et les chrétiens palestiniens, elles créent un précédent inquiétant en limitant l’accès aux lieux saints.

« J’ai le sentiment que nous, chrétiens palestiniens, sommes encore sur le chemin de croix, dit Nicola. Mais nous savons qu’au bout, il y a un tombeau vide, il y a la résurrection. »

Traduit par Mélanie Boukorras pour Infochrétienne

Pour être informé de nos nouvelles traductions en français, abonnez-vous à notre newsletter et suivez-nous sur Facebook, X, Instagram ou Whatsapp.

Our Latest

News

Les chrétiens palestiniens se préparent à Pâques dans un contexte de guerre et de violence des colons

Heather M. Surls

Une grande partie de la communauté a quitté le pays. Ceux qui restent n’ont pas accès aux lieux saints.

Ce que le fait d’aimer l’Afrique du Sud m’a appris sur le patriotisme

Christina Stanton

L’attachement à un autre pays n’a pas diminué mon affection pour l’Amérique. Il m’a révélé l’amour de Dieu pour tous les peuples.

News

Décès : Chuck Norris, icône du machisme américain revenu à la foi

Cody Benjamin

La star des films d’action incarnait l’idéal d’un combat clair entre les gentils et les méchants.

News

La guerre l’a forcée à partir. Aujourd’hui, elle implante une Église.

Cody Benjamin

Déplacée d’Ukraine, une jeune immigrée a trouvé refuge et une mission dans une petite ville du Minnesota.

Questions-réponses : Pourquoi le Pakistan et l’Afghanistan se battent et comment les chrétiens y survivent

The Bulletin with Knox Thames

Une conversation avec Knox Thames, avocat spécialisé en droits humains et ancien diplomate.

News

Un chrétien iranien libéré neuf mois après son arrestation par la police des frontières

La vidéo de l’arrestation de lui et de sa femme à Los Angeles par des agents est devenue virale, et leur église prie pour sa libération.

News

Un tribunal indien autorise les chrétiens à tenir des réunions de prière à domicile

Vikram Mukka

Malgré cette bonne nouvelle venue de l’État de l’Uttar Pradesh, les croyants restent préoccupés par l’abus des lois anti-conversion.

News

Les anglicans conservateurs renoncent à élire un rival à l’archevêque de Cantorbéry

Emmanuel Nwachukwu à Abuja, au Nigeria

Le Gafcon a plutôt choisi une direction collégiale alors qu’il cherche à réorganiser la communion anglicane face au virage libéral de Cantorbéry.

addApple PodcastsDown ArrowDown ArrowDown Arrowarrow_left_altLeft ArrowLeft ArrowRight ArrowRight ArrowRight Arrowarrow_up_altUp ArrowUp ArrowAvailable at Amazoncaret-downCloseCloseellipseEmailEmailExpandExpandExternalExternalFacebookfacebook-squarefolderGiftGiftGooglegoogleGoogle KeephamburgerInstagraminstagram-squareLinkLinklinkedin-squareListenListenListenChristianity TodayCT Creative Studio Logologo_orgMegaphoneMenuMenupausePinterestPlayPlayPocketPodcastprintremoveRSSRSSSaveSavesaveSearchSearchsearchSpotifyStitcherTelegramTable of ContentsTable of Contentstwitter-squareWhatsAppXYouTubeYouTube