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Un tribunal indien autorise les chrétiens à tenir des réunions de prière à domicile

Malgré cette bonne nouvelle venue de l’État de l’Uttar Pradesh, les croyants restent préoccupés par l’abus des lois anti-conversion.

L'enceinte de la Haute Cour d'Allahabad.

L'enceinte de la Haute Cour d'Allahabad.

Christianity Today March 14, 2026
Subhashish Panigrahi / WikiMedia Commons

Un pasteur dans un village isolé de l’État le plus peuplé de l’Inde, l’Uttar Pradesh, se souvient de ce dimanche de mars 2023 où la persécution est devenue réelle pour lui. Il dirigeait un office religieux avec un groupe de treize personnes, assises en tailleur sur un tapis recouvrant le sol en ciment de sa maison. Au rythme de la musique, il secouait un tambourin tandis que les fidèles frappaient bruyamment dans leurs mains.

Soudain, une vingtaine d’hommes vêtus de safran ont fait irruption dans la petite pièce en criant : « Jai Shree Ram ! (Gloire au Seigneur Ram). » Ils ont attrapé le pasteur par le col et l’ont traîné dehors tout en le frappant. La police attendait discrètement à l’extérieur pendant que la foule chassait les fidèles. Peu après, les autorités ont inculpé le pasteur en vertu de la loi anti conversion de l’Uttar Pradesh, l’accusent de convertir de force des hindous. Christianitity Today a accepté de ne pas divulguer son vrai nom ni aucune information permettant de l’identifier, car il craint des représailles pour avoir parlé.

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Après près de trois ans et plusieurs audiences judiciaires, il a été libété sous caution assortie de conditions strictes. Les charges retenues contre lui sont toujours en cours, malgré l’aide d’une organisation humanitaire chrétienne dans sa bataille juridique. Il se trouve actuellement dans une situation d’incertitude : ni innocenté dans cette affaire, ni reconnu coupable. Étant donné qu’il est en liberté sous caution et que les charges sont toujours en cours d’instruction, il reste discret sur les informations qu’il divulgue.

Jusqu’à ce matin funeste, la violence contre les chrétiens lui semblait lointaine : quelque chose qu’il lisait dans les journaux et qui concernait de grandes églises. « Je n’ai jamais imaginé qu’ils nous trouveraient, » a-t-il déclaré. « Nous étions simplement en train d’adorer tranquillement dans un village isolé, dans notre propre maison. »

Le mois dernier, la Haute Cour d’Allahabad, qui a juridiction sur l’Uttar Pradesh, a statué dans une affaire distincte que les réunions de prière organisées sur une propriété privée ne nécessitent aucune autorisation préalable. Cette décision a encouragé le pasteur ainsi que d’autres chrétiens arrêtés pour avoir tenu des réunions de prière dans des maisons.

La Haute Cour s’est appuyée sur l’article 25 de la Constitution indienne, affirmant que la liberté de religion est un droit fondamental et que les réunions de prière religieuses organisées dans un espace privé ne sont pas illégales.

Cette décision est significative, car le nombre d’incidents violents contre les chrétiens dans l’Uttar Pradesh a varié entre 100 et 300 au cours des cinq dernières années, selon le United Christian Forum (UCF). Depuis 2014, date de l’arrivée au pouvoir du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP), l’Uttar Pradesh a enregistré un total de 1 317 incidents, un chiffre bien supérieur à celui de tout autre État indien. La réalité pourraient être encore plus élevée, car les données de l’UCF reposent sur les signalements des victimes de persécution elles-mêmes.

« La plupart des attaques visent à stopper la croissance spontanée et organique de la foi chrétienne qui se développe à travers les églises de maison, » a déclaré A. C. Michael, coordinateur national de l’UCF.

Certains ont salué le verdict comme une avancée majeur. D’autres l’ont décrit comme « un avertissement contre les actions arbitraires de la police ». Quelques-uns ont réagi avec un optimisme plus prudent, soulignant que la maîtrise des groupes d’autodéfense et l’application de la décision de justice demeurent un défi.

Cependant, cela n’apaise pas la principale inquiétude des chrétiens : l’abus par le gouvernement des lois anticonversion. « Je vois des chrétiens célébrer le verdict de la Haute Cour, mais le problème majeur c’est l’inconstitutionnalité des lois anticonversion », a déclaré un avocat chrétien exerçant à la Haute Cour d’Allahabad, qui a demandé à rester anonyme pour des raisons de sécurité.

La même semaine que la décision d’Allahabad, la Cour suprême de l’Inde a adressé des notifications au gouvernement central et à douze États, dont l’Uttar Pradesh, leur demandant de répondre à une requête déposée par le National Council of Churches, qui affirme que les lois anticonversion violent les droits fondamentaux des chrétiens. Cette demande laisse entrevoir une possible révision constitutionnelle de ces lois. Sur les 12 États où ces lois sont en vigueur, neuf sont gouvernés par le BJP.

Appelées « Freedom of Religion Act » dans la plupart des États, les lois anticonversion criminalisent toute forme de conversion religieuse en dehors de l’hindouisme. Ces lois reposent sur l’idée sous-jacente que la conversion à une religion non hindoue est forcée et qu’il est impossible pour un individu d’adopter une autre foi volontairement. En conséquence, les mots « converti » ou « conversion » ont désormais en Inde une connotation péjorative.

Le langage large et vague de ces lois, avec des termes tels que conversion forcée, fraude ou incitation, a encouragé des groupes nationalistes hindous à accuser tout rassemblement de chrétiens de violer la loi et a conduit la police à effectuer des arrestations arbitraires.

Ces lois exigent que les personnes souhaitant changer de religion déposent une déclaration préalable auprès des autorités locales 60 jours avant la conversion. La police examine ensuite les raisons et les circonstances menant à cette conversion. Après celle-ci, les individus doivent soumettre une seconde déclaration afin de formaliser leur nouvelle foi auprès des autorités de l’État.

Ces lois inversent la charge de la preuve, obligeant l’accusé à prouver que la conversion n’était ni frauduleuse ni forcée. N’importe qui peut déclencher une action policière à propos d’une simple conversion.

« Les lois contestées sont structurées de telle manière qu’elles encouragent certains groupes de justiciers à agir, car il existe des récompenses, » a affirmé Meenakshi Arora, avocate principale des plaignants qui contestent ces lois devant la Cour suprême. Dans certains cas, des nationalistes hindous ont même offert des primes pour tuer des chrétiens. « Ainsi, même en l’absence totale de preuves » a-t-elle ajouté, « quelqu’un inventera des accusations, quelqu’un sera arrêté, car une récompense est promise aux membres de ces groupes».

Comme ces infractions sont considérées comme criminelles, la police peut procéder à des arrestations sans mandat et l’obtention d’une libération sous caution est extrêmement difficile. Les condamnations peuvent entraîner des peines de prison allant d’un an à la réclusion à perpétuité, ainsi que de lourdes amendes.

Par exemple, l’État du Rajasthan a adopté la loi anticonversion la plus stricte, punissant les coupables de conversion de masse (lorsque qu’au moins deux personnes ou plus sont converties) d’une peine de prison à vie et d’amendes pouvant atteindre 10 millions de roupies indiennes (environ 100 000 dollars américains). Les sanctions sont plus sévères lorsque les personnes converties sont des femmes, des mineurs ou des membres de communautés marginalisées, telles que les Dalits et les Adivasis (peuples autochtones).

Pourtant, les taux de condamnation restent extrêmement faibles. Ceci corrobore les affirmations des responsables chrétiens selon lesquelles ces lois ne sont que des instruments d’intimidation destinés à perturber les activités religieuses et à prolonger la bataille juridique pour les accusés. Entre novembre 2020 et le 31 juillet 2024, seules quatre des 835 affaires de conversion enregistrées dans l’Uttar Pradesh ont abouti à une condamnation. Malgré cela, la police de l’État a procédé à 1 682 arrestations pour conversion illégale.

Dans plusieurs États, les lois anticonversion façonnent désormais la vie quotidienne des chrétiens. Les pasteurs organisent des réunions de prière en sachant que cela peut conduire à une détention. Les travailleurs sociaux vivent dans la crainte que leurs actions ne soient pas interprétées comme une incitation à la conversion. Même les prières chrétiennes lors de fêtes d’anniversaire peuvent entraîner des arrestations, des interventions policières et des poursuites judiciaires.

Au milieu de la persécution, de nouveaux convertis continuent cependant d’embrasser la foi chrétienne et de trouver du réconfort dans les communautés formées à travers les églises de maison, selon des pasteurs locaux.

« Il existe une réelle peur parmi les chrétiens, » a déclaré Vijayesh Lal, secrétaire général de l’Evangelical Fellowship of India. « Pourtant la foi demeure. Les Églises perdurent. Notre attitude, en tant que chrétiens, n’est pas conflictuelle. Elle est constitutionnelle. Nous ne cherchons ni privilège ni exception, seulement une protection égale devant la loi. »

Traduit par Mélanie Boukorras pour Infochrétienne

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