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Quatre ans après le début de la guerre, la vie continue pour les Ukrainiens

Alors même que Moscou fait de l’hiver une arme redoutable, les habitants assistent à des conférences religieuses, font de la luge et organisent des festivités.

Des femmes ukrainiennes dans un café chaleureux.
Christianity Today February 26, 2026
Global Images Ukraine / Contributor / Getty

Presque chaque jour, Anna Ulanovska entend le bourdonnement des drones russes depuis sa maison dans la campagne ukrainienne près de Soumy, une ville du nord-est située à seulement 19 km de la ligne de front.

Son fils de sept ans a peu de souvenirs de la vie avant les drones de Moscou. Les attaques de missiles ont touché à plusieurs reprises Soumy, contribuant à l’augmentation du nombre de victimes civiles.

« Nous vivons sous pression constante ici. C’est notre réalité aujourd’hui », explique Ulanovska. « Mais nous ne pouvons pas mettre nos vies en pause. »

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Malgré le stress et le traumatisme permanents, de nombreux Ukrainiens tentent de préserver un semblant de normalité depuis le début de la guerre à grande échelle débutée le 24 février 2022. Malgré les risques, Ulanovska s’est rendue à Kyiv à la mi-février pour une conférence chrétienne de deux jours destinée aux femmes.

Elle a rejoint sept femmes de son église pentecôtiste, Christ for Everyone, voyageant en bus pour éviter le réseau ferroviaire, régulièrement ciblé par Moscou. Elles se sont réunies avec environ 120 femmes de tout le pays pour écouter des enseignements bibliques donnés par des épouses de pasteurs et d’autres femmes chrétiennes. « Cela a été comme un rafraîchissement pour moi », confie-t-elle.

De retour chez elle, Ulanovska constate que la vie ordinaire persiste malgré la peur et le deuil liés à la guerre. Les salons de beauté restent ouverts. Les supermarchés sont relativement fréquentés et bien approvisionnés. Les enfants font de la luge sur la neige fraîchement tombée. L’année dernière, sa fille adolescente a invité dix amis pour fêter son anniversaire au bowling et au roller.

Anna Shvetsova
Anna Shvetsova

Anna Shvetsova, directrice opérationnelle de l’ONG Ukraine Freedom Project, observe des efforts similaires pour maintenir la vie quotidienne. Sa grand-mère de 89 ans vit dans une petite ville de la région de Soumy, et, malgré ses difficultés à marcher, elle se rend à l’église tous les dimanches, même lorsque le réseau électrique est coupé et que les températures chutent. Elle explique qu’il lui suffit de marcher 100 mètres pour prendre ensuite le bus.

D’autres signes de normalité pendant la guerre font sourire Shvetsova. À son retour à Kyiv d’un voyage professionnel à l’étranger début février, l’une des assistantes de son organisation lui a raconté comment les frappes russes sur le réseau électrique avaient affecté la vie quotidienne : « Elle m’a dit qu’elles ont passé quatre jours sans électricité ni eau et elle avait pourtant une manucure impeccable ! » Dans la capitale, la plupart des cafés, restaurants et salons de beauté continuent de fonctionner, même lors des coupures de courant.

Pour autant, les Ukrainiens sont fatigués de la guerre. Beaucoup, comme Ulanovska et Shvetsova, sont sceptiques sur les négociations en cours, qu’ils estiment instrumentalisées par la Russie pour gagner du temps. Les États-Unis ont organisé la troisième série de pourparlers de paix à Genève la semaine dernière. Les deux parties ont décrit les discussions comme « difficiles » et restent divisées sur des points clés, notamment les concessions territoriales et les garanties de sécurité.

Le président russe Vladimir Poutine exige que l’Ukraine lui cède des territoires qu’elle contrôle encore, d’une superficie équivalente à celle du Delaware, dans la région de Donetsk, à l’est du pays. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky propose plutôt une zone démilitarisée et appelle à des garanties occidentales pour empêcher Moscou de se réarmer et de s’emparer davantage de territoire à l’avenir.

Certains analystes estiment que des sanctions efficaces pourraient contraindre la Russie à faire des concessions. « La Russie est comme une station-service dotée d’une armée », explique Steven Moore, fondateur d’Ukraine Freedom Project et chrétien américain vivant à Kyiv. « Si vous coupez les revenus liés au carburant, l’armée dépérit. »

La Russie occupe environ 20 % du territoire ukrainien. Depuis 2024, elle n’a conquis que des territoires marginaux, représentant moins de 1,5 % des terres ukrainiennes. Depuis le début de l’invasion, Moscou a subi entre 275 000 et 325 000 morts sur le champ de bataille, plus que tout autre pays dans une guerre depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les Ukrainiens ont énormément souffert. Des civils témoignent de crimes de guerre, d’enlèvements et de tortures russes. Selon l’ONU, 2025 a été l’année la plus meurtrière pour les civils ukrainiens depuis 2022. Plus de 54 000 drones et près de 2 000 missiles russes ont visé des villes ukrainiennes, faisant plus de 2 500 morts civils.

Moscou a également utilisé l’hiver comme une arme, frappant les infrastructures énergétiques ukrainiennes alors que les températures ont chuté à leur plus bas niveau en 16 ans le mois dernier.

« En janvier et février, la Russie a lancé les pires attaques contre le réseau électrique ukrainien, et les systèmes de chauffage se sont effondrés, car le chauffage ne fonctionne pas sans électricité », explique Ulanovska.

Fin janvier, le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, a indiqué que 5 600 immeubles étaient privés de chauffage et a encouragé les habitants à quitter la ville si possible. Plus de 600 000 des 3 millions d’habitants de la capitale se sont temporairement relogés. Certains ont installé des tentes dans leur logement et superposé leurs vêtements pour se réchauffer.

Pour combattre le désespoir, certains résidents ont organisé des fêtes de quartier le soir, utilisant leurs barbecues pour cuisiner, se réchauffer et discuter. Des fêtes improvisées ont surgi un peu partout en ville, et les enfants, bien emmitouflés, ont profité des descentes en luge.

Shvetsova raconte qu’elle a quitté la ville le 1er février pour séjourner chez ses parents dans la région de Soumy, où ils disposaient d’un poêle à bois pour se chauffer. Mais l’électricité n’était disponible que deux heures par jour, insuffisant pour charger le système de batteries qu’elle leur avait acheté. Beaucoup d’Ukrainiens résolvent ce problème avec des panneaux solaires et des générateurs.

Le 9 février, alors qu’elle revenait à Kyiv, ses voisins l’ont prévenue que le froid avait fait éclater le radiateur de son appartement, inondant son balcon et la rue. Elle a dû se réfugier quelques jours à l’hôtel.

Malgré les nombreux défis, les Ukrainiens persévèrent. Beaucoup d’amis de Shvetsova ont acheté des batteries haut de gamme et sont restés à Kyiv. En se promenant dans la ville, elle entend le bourdonnement des générateurs, essentiels pour les habitants et les commerces locaux.

Ses amis militaires insistent sur l’importance de maintenir la normalité lors de leurs permissions, organisant souvent des fêtes dans des restaurants. « Il n’y a aucune raison de se battre si nous renonçons aux célébrations, anniversaires et cultes », note Shvetsova. « Pourquoi nous battons-nous ? »

Ulanovska se souvient du premier jour de la guerre, le 24 février 2022. Elle pouvait voir les chars russes depuis sa maison près de Soumy. « Si on m’avait dit que ça durerait aussi longtemps – quatre ans déjà, et ce n’est toujours pas fini – je n’aurais pas cru que nous pourrions survivre à toutes ces épreuves, ces attaques, ces jours et ces nuits terribles, et ces pertes », raconte-t-elle.

Aujourd’hui, elle se souvient et croit que Dieu a été présent auprès de sa famille, leur apprenant à lui faire confiance malgré le survol des drones. « Nous avons commencé à vivre selon les Écritures ; nous ne nous soucions pas du lendemain », a déclaré Ulanovska. « Le présent suffit. »

Traduit par Mélanie Boukorras pour Infochrétienne

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