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En Russie, des pasteurs risquent la prison au nom de la paix

Alors que le gouvernement de Poutine réprime les critiques de sa guerre en Ukraine, ces responsables évangéliques refusent de se taire.

Soldier in front fire in Ukraine-Russia conflict.
Christianity Today April 10, 2025
Fadel Senna/AFP via Getty Images

Albert Ratkin sait que son temps est peut-être compté. Son opposition à la guerre en Ukraine le place dans le viseur du Kremlin.

En 2023, les forces de sécurité russes ont perquisitionné son domicile ainsi que son église pentecôtiste, confisquant dix ordinateurs et d’autres appareils. En juin 2024, le gouvernement a inscrit Ratkin, pasteur de l’Église Parole de Vie située à environ 150 kilomètres au sud-ouest de Moscou, sur la liste officielle des agents de l’étranger. Pour l’État, Ratkin est désormais l’agent étranger n° 814.

Ratkin est convaincu que Moscou le cible en raison de son positionnement en faveur de la paix.

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Il a défendu ses convictions pacifistes dans des interviews accordées à des médias occidentaux et sur sa chaîne YouTube en russe.

« Les chrétiens ne devraient pas participer à la guerre, ni la soutenir », affirme ce pasteur.

S’opposer publiquement à l’invasion de l’Ukraine peut coûter cher en Russie. Le président Vladimir Poutine ne tolère aucune dissidence, et ceux qui s’opposent à lui ont tendance à mourir dans des circonstances mystérieuses. Mais Ratkin continue de dire ce qu’il pense.

« Ma conscience est plus importante pour moi, tout comme ma foi », nous dit-il. « C’est pourquoi, en tant que responsable religieux dans mon pays, je ne peux pas garder le silence. »

Alors que la Russie poursuit son offensive en Ukraine et rejette les conditions de cessez-le-feu proposées par les négociateurs américains, un petit groupe déterminé de responsables religieux continue de s’élever contre la guerre. Nombre d’entre eux sont des évangéliques que leur foi conduit à prendre d’importants risques personnels.

En octobre, les forces de sécurité russes ont perquisitionné le domicile du pasteur pentecôtiste Nikolay Romanyuk, en périphérie de Moscou. Il risque jusqu’à six ans de prison pour avoir « publiquement incité à des actions portant atteinte à la sécurité de la Fédération de Russie ». Dans un sermon, il avait déclaré que les chrétiens ne devraient pas se joindre à la guerre menée par la Russie en Ukraine, précisant qu’il s’y opposait « sur la base des Saintes Écritures ».

D’après l’organisation norvégienne de défense des droits humains Forum 18, la Russie « a recours à toute une série de tactiques pour contraindre les responsables religieux à soutenir la nouvelle invasion de l’Ukraine ». Cela inclut des peines de prison et des amendes.

Ratkin a lui aussi été soumis à diverses pressions. Pour la seule année 2020, son église a dû faire face à une douzaine de procès. Ces dernières années, Poutine a fait adopter de nouvelles lois censurant toute critique de la guerre, lui donnant davantage de pouvoir contre ses opposants. Aujourd’hui, le simple fait de porter les couleurs du drapeau ukrainien ou de tenir une pancarte blanche peut mener à une arrestation.

La Russie est « devenue terriblement répressive », estime Ratkin, « et toute dissidence est poursuivie en justice ».

Les chrétiens russes en désaccord avec le Kremlin peinent souvent à déterminer la meilleure attitude à adopter. Quelles actions peuvent vraiment faire la différence ? Lesquelles ne mèneront qu’à plus de souffrances ?

« De nombreux Russes ont fini en prison, ou sont morts », rapporte Andre Furmanov, pasteur évangélique à Vyborg, près de la frontière finlandaise. « Nous continuerons à dire la vérité, mais nous devons être intelligents et extrêmement sages quant aux batailles que nous choisissons de livrer. »

Furmanov concentre ses efforts sur l’aide aux hommes de son église souhaitant demander des exemptions religieuses à la conscription. Il a écrit des lettres au gouvernement, ce qui a permis à certains membres d’être orientés vers des services alternatifs dans des hôpitaux ou des maisons de retraite. Il publie également des messages sur les réseaux sociaux pour exprimer son opposition à la guerre, tout en évitant les manifestations publiques aux effets à ses yeux trop limités.

D’autres chrétiens russes ont fait le choix de quitter le pays. Le pasteur baptiste Yuri Sipko a fui en 2023 après que le gouvernement a qualifié ses sermons de « propagande ennemie » et ouvert une enquête pénale à son encontre pour ses déclarations opposées à la guerre.

Sipko dit qu’il ne faisait pas confiance au système pour lui offrir un traitement équitable. S’il était resté, il pense qu’il aurait été reconnu coupable et condamné à dix ans de prison.

« Le régime en Russie […] restreint les libertés civiles et religieuses sur tous les fronts. Le gouvernement a renforcé son contrôle sur les activités de l’Église — il s’agit en réalité d’une interdiction des activités missionnaires », nous décrit-il. « J’ai préféré quitter le pays, et avec l’aide de Dieu, j’ai pu le faire. »

Un de ses fils l’a conduit jusqu’à Minsk, en Biélorussie — un trajet de neuf heures. De là, il a pris un avion pour Istanbul, avant de rejoindre l’Allemagne, où il a été accueilli par sa fille. Il a depuis déposé une demande d’asile en Allemagne.

Le fils de Ratkin, David Victor Ratkin, a lui aussi quitté la Russie. Il a été arrêté à plusieurs reprises pour sa participation au mouvement d’opposition Protest Moscow. Il intervenait lors des réunions du groupe et participait à des manifestations en soutien à l’opposant anticorruption Alexeï Navalny, mort en prison depuis.

Le jeune Ratkin s’est réfugié en Turquie, puis au Mexique et aux États-Unis. Il vit actuellement en Louisiane, dans l’attente d’une audience concernant sa demande d’asile.

De son côté, Albert Ratkin a choisi de rester en Russie et de poursuivre son combat contre la guerre en Ukraine. Il sait que cela pourrait avoir des conséquences. Il pense même qu’elles pourraient survenir bientôt. Il continue néanmoins à s’exprimer.

« Je pense qu’il doit y avoir une voix pour la vérité ici », explique-t-il. « Le reste n’a pas d’importance. »

Traduit par Camille Westphal Perrier pour Infochrétienne et révisé par Christianity Today

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