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La guerre l’a forcée à partir. Aujourd’hui, elle implante une Église.

Déplacée d’Ukraine, une jeune immigrée a trouvé refuge et une mission dans une petite ville du Minnesota.

Des photos de la famille Gidenko et de l'Ukraine ravagée par la guerre.
Christianity Today March 27, 2026
La famille Gidenko / Getty / Retouches : CT

La fenêtre de l’appartement de Yevheniia Poliakova, à Vinnytsia, en Ukraine, a failli voler en éclats lorsque des avions militaires ont survolé la ville. Des débris – des restes de drones et de missiles – tombaient dans les champs environnants.

« On entendait les explosions », se souvient Poliakova, qui se fait appeler Zhenya, à propos de cet hiver en Ukraine. « Je ne voyais pas grand-chose. J’entendais seulement. C’était très bruyant la nuit. Je me souviens juste que c’était le matin, quand une fille qui habitait dans une autre chambre est entrée et a dit : “La guerre a commencé.” »

Pendant les semaines précédentes, Zhenya avait vu l’activité trépidante de Vinnytsia se muer en une légère panique face à la menace d’une invasion russe. Les gens se précipitaient avec leurs bagages vers les arrêts de bus et les gares jusqu’au 24 février 2022, où « tout s’est arrêté », a-t-elle déclaré. « Tous les magasins ont fermé. La ville était encore vivante, mais pas ce jour-là. »

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Peu après, des sirènes incessantes ont retenti dans son immeuble. « Et tu l’as vu sur les réseaux sociaux, dans certaines conversations », m’a-t-elle dit : « Ce n’est pas un jeu. C’est réel. On ne sait pas si les soldats russes vont arriver dans notre ville. Peut-être qu’ils arriveront demain. »

Âgée de seulement 23 ans à l’époque, Zhenya a parcouru le monde en quête d’un refuge, faisant du covoiturage avec d’autres femmes et enfants jusqu’en Ukraine occidentale, puis en France et en Espagne. Lorsqu’elle est finalement arrivée en Amérique en avril, après  l’ouverture d’une voie légale  pour les personnes fuyant l’Ukraine, elle n’avait avec elle que le strict nécessaire : une bouteille d’eau, quelques paires de chaussettes et une Bible.

Née à Zhmerynka, en Ukraine, Zhenya n’était pas issue d’une famille chrétienne. Sa mère a divorcé trois fois et a lutté contre l’alcoolisme. « Je demandais aussi à ma mère si elle m’aimait », se souvient Zhenya, « et elle me répondait : “Va ailleurs.” » Malgré tout, « j’ai toujours su que Dieu existait et j’avais confiance qu’en grandissant, je serais heureuse : j’aurais un bon mariage, un bon mari, et tout irait bien. Alors, ce n’est pas grave d’avoir une vie plus difficile maintenant. »

Zhenya a trouvé des raisons d’espérer en travaillant dans un café à Vinnytsia avant la guerre. Elle ne s’en est pas rendu compte tout de suite, mais l’établissement servait à la fois d’espace de coworking et de lieu de culte clandestin. Séduite par l’atmosphère réconfortante – et remarquablement sans alcool – du lieu, elle fut surprise lorsque le propriétaire, qui était aussi le pasteur, l’encouragea à ne pas qualifier l’endroit d’église. Il le faisait, expliqua-t-elle, « parce que la culture orthodoxe était mal perçue en Ukraine », et certaines communautés non orthodoxes craignaient d’être considérées comme extrémistes.

Poliakova s’était intéressée au bouddhisme, mais elle n’a pas pu rester éloignée de l’église après avoir découvert la louange. « Je n’avais jamais vu ni entendu des chants parlant de cet amour si particulier », se souvient-elle.

« L’idée que quelqu’un vous aime m’a profondément touchée. C’était l’amour de Dieu. J’ai compris que Dieu est vraiment vivant. » Zhenya se convertit au christianisme, se fit baptiser et approfondit sa connaissance de la Parole. Elle acquit la conviction que Dieu lui donnerait une famille.

Une famille est arrivée. C’étaient des missionnaires, originaires d’Ukraine mais plus récemment installés au Minnesota. Ils étaient venus à Vinnytsia pour favoriser le développement de l’Église, mais après le début de la guerre, ils ont délaissé l’organisation d’études bibliques pour se consacrer à l’aide aux Ukrainiens fuyant la guerre. Zhenya faisait partie des Ukrainiens qu’ils ont aidés, et c’est chez eux, au Minnesota, qu’elle s’est rendue à son arrivée en Amérique, pour travailler comme nounou.

« Il n’y avait qu’une seule famille qui se souciait de moi quand la guerre a commencé », m’a-t-elle confié. « Je ne savais pas ce que je devais faire. J’étais paniquée. J’ai appelé ma mère pour lui demander : “Est-ce que je peux rentrer à la maison ?” Et elle m’a crié dessus. Elle était très en colère. Elle voulait que je reste là où j’étais. Et elle ne se souvient pas de cet appel, donc je comprends maintenant que cela venait de Dieu. »

Zhenya attribue également à Dieu l’histoire d’amour qui a suivi. Après son arrivée aux États-Unis, elle a participé à un programme de Bible Mission International, une école et un ministère du Minnesota qui œuvre principalement auprès des immigrants d’Europe de l’Est. Elle a recruté des bénévoles pour préparer les enveloppes de Noël au sein du ministère, et parmi eux se trouvait Tim Gidenko, un jeune homme qui avait auparavant travaillé deux ans à Bible Mission. 

« Quand il est entré dans la pièce, se souvient Zhenya, j’ai entendu une voix divine dire : “C’est ton mari.” Et je ne l’ai même pas regardé ! Je me suis dit : “Pourquoi, Seigneur ? Non, je ne comprends pas.” Mais j’étais sûre que ça venait de Dieu. J’étais très proche de Dieu, car j’étais brisée par beaucoup de choses. »

Tim terminait ses études d’ingénieur et savait que Dieu agissait par-delà les frontières. Ses parents avaient quitté l’Ukraine pour les États-Unis en 1992, après la chute de l’Union soviétique, et l’avaient élevé dans une église baptiste slave à Erie, en Pennsylvanie, où son père, son oncle et son grand-père étaient tous pasteurs. Très vite, il en vint lui aussi à considérer son mariage avec Zhenya comme la volonté de Dieu. Après seulement deux mois de relation, ils se fiancèrent, puis se marièrent quelques mois plus tard, en mars 2023.

Les Gidenko — qui ont aujourd’hui un fils, Yonathan, et prochainement une fille, auraient pu rejoindre une église déjà établie pour leurs premières années en tant que famille. À la place, ils ont décidé d’implanter une église à Red Wing, une ville du Minnesota d’environ 16 000 habitants, au sud des Twin Cities. Ils se sont associés à un pasteur nommé Willie Grimm pour construire une communauté exigeante en matière de discipulat.

« Ici, à Red Wing, une femme de notre groupe principal a rencontré des gens de son quartier et leur a parlé de Jésus. Ils ont dit : “Nous n’avons jamais entendu parler de Jésus”, a-t-elle poursuivi. “Comment est-ce possible ?” »

La nouvelle église s’appelle Harbor Point et, pour l’instant, elle reste de petite taille. Ce n’est pas un inconvénient, explique Zhenya, car cela favorise la réflexion, les relations profondes et le partage immédiat de l’Évangile, plutôt que de devoir s’adapter à l’infrastructure établie des grandes congrégations. 

Ce chemin est le prolongement naturel de son propre parcours, a-t-elle déclaré : « Je veux parler de Jésus. Alors oui, j’ai des histoires d’enfance : ma mère alcoolique, des relations toxiques, l’immigration, un chagrin d’amour. Mais quelles que soient mes expériences, l’essentiel est de partager l’Évangile. Je veux donc parler de Jésus, comme on m’en a parlé. »

Ce n’est pas une quête de visibilité dans une époque dominée par l’influence numérique. C’est une priorité donnée aux marches de prière dans le quartier, aux soirées de louange dans de petites chapelles rurales, aux occasions de tondre la pelouse négligée d’une mère célibataire du « mauvais côté » de la ville.

« Notre espoir », dit Tim, « n’est pas d’amener les gens à nous, mais de les ramener à Dieu. » 

Zhenya a traversé les frontières – ou plutôt,  a été  déplacée, comme elle le raconte – parfois par le hurlement des sirènes, l’hostilité d’une mère éloignée, la peur de soldats approchants, ou les sollicitations d’une famille de missionnaires. Mais surtout, elle a été guidée par un Dieu qui l’aime et la poursuit. 

« Je pense que, peut-être, au début, c’était ma vocation », a-t-elle dit à propos de la création de cette église. « Je me souviens avoir voulu aller dans un village d’Ukraine où personne n’avait entendu parler de Dieu. C’était peut-être une inspiration divine pour cette expérience, pour ce que je vis aujourd’hui. »

Traduit par Mélanie Boukorras pour Infochrétienne

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