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Ce que le fait d’aimer l’Afrique du Sud m’a appris sur le patriotisme

L’attachement à un autre pays n’a pas diminué mon affection pour l’Amérique. Il m’a révélé l’amour de Dieu pour tous les peuples.

Une femme marchant sur un chemin de terre dans le village de Zingqolweni, en Afrique du Sud.

Une femme marchant sur un chemin de terre dans le village de Zingqolweni, en Afrique du Sud.

Christianity Today March 27, 2026
Guillem Sartorio / Contributor / Getty

Je ne sais pas exactement quand j’ai compris pour la première fois que j’étais tombée amoureuse de l’Afrique du Sud.

Peut-être cet après-midi où je me tenais dans un vaste champ près de Durban, regardant tout un village chanter pour accompagner une mariée jusqu’à l’autel. Ou peut-être plus tard, dans une église d’un township du Cap-Occidental, où un pasteur à la jambe marquée par des cicatrices prêchait le pardon envers ceux-là mêmes qui avaient tenté de le briser. Ou encore sous un coucher de soleil au Limpopo, qui teintait le ciel d’or.

Je sais seulement qu’entre ces moments, mon affection s’est transformée en quelque chose de plus profond, de plus complexe, et de plus exigeant.

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En 2013, je suis arrivée dans une ville rurale du KwaZulu-Natal, me préparant à accueillir une équipe venue de New York, qui passerait deux semaines dans un orphelinat accueillant des enfants dont les parents étaient morts, le plus souvent à cause du sida. Sur place, mon rôle consistait à organiser le voyage et à gérer la logistique, les emplois du temps et les nombreux détails nécessaires au bon déroulement de tout cela. Nokubonga, une jeune femme zouloue étudiant l’agriculture, était là pour une tout autre raison : elle travaillait sur un projet agricole naissant, une initiative pleine d’amour visant à rendre l’orphelinat autonome.

Nous partagions une petite maison à l’écart des rangées d’habitations des enfants assez proches pour entendre leurs rires le soir, mais suffisamment éloignées pour nous sentir comme des invitées. Malgré vingt ans de différence d’âge et un océan entre nos cultures, nous sommes rapidement devenues amies. Nous partagions l’humour, la curiosité et le goût de longues conversations allant de la politique au vernis à ongles. Lorsqu’elle m’a invitée à son « mariage blanc » deux ans plus tard, j’ai été honorée et brièvement paniquée. Devions-nous porter du blanc ? Dans ma culture du Sud des États-Unis, porter du blanc au mariage de quelqu’un d’autre frôlait le crime. J’ai appris plus tard qu’en Afrique du Sud, un « mariage blanc » désigne simplement une cérémonie de style occidental, par opposition aux mariages traditionnels africains.

Rassurée, je suis montée en voiture avec d’autres invités en direction de la cérémonie. À notre arrivée, je suis restée émerveillée. On aurait dit que tout un village s’était rassemblé. Des centaines de personnes débordaient de couleurs et de mouvement : coiffes élaborées, tissus éclatants, anciens appuyés sur leurs cannes, enfants courant entre les chaises.

Puis un maître de cérémonie charismatique s’est avancé dans l’allée et a commencé à lancer des appels en zoulou. La foule chantait, frappait des mains et se levait. Les femmes poussaient ces youyous caractéristiques, un long son joyeux et vibrant qui aurait été immédiatement réduit au silence dans n’importe quel mariage américain auquel j’avais assisté. Ici, le bruit n’était pas une perturbation, mais une expression de dévotion.

Les demoiselles d’honneur, vêtues de turquoise, dansaient en rythme le long de l’allée. Les garçons d’honneur suivaient, lunettes de soleil sur le nez, dans une chorégraphie pleine d’espièglerie. Lorsque Nokubonga est finalement apparue, radieuse et entièrement vêtue de blanc, j’ai pleuré.

J’avais déjà voyagé, accosté dans des ports inconnus et exploré des lieux hors des sentiers battus. Mais lors de ce mariage, j’étais participante, accueillie comme quelqu’un qui appartenait à ce lieu. Debout dans ce champ, emportée par une musique que je ne comprenais pas et une joie qui n’avait pas besoin de traduction, j’ai senti quelque chose se relâcher en moi. La scène était résolument joyeuse. Malgré une histoire complexe, rien ne pouvait étouffer une célébration.

Je comprendrais plus tard que c’était là ma première leçon : ici, la joie est une forme de résistance.

Si ce mariage m’a appris que la joie peut être une résistance, le pasteur Peter m’a appris que le pardon peut l’être aussi.

La première fois que je l’ai entendu raconter son histoire, nous étions assis dans une église du township de Nomzamo, près de la ville côtière de Strand. Peter parlait doucement, mais l’enfance qu’il décrivait ne l’était pas. Il avait 14 ans lorsqu’il a rejoint des centaines d’écoliers noirs protestant contre les conditions scolaires de l’époque de l’apartheid au Cap. La police a encerclé la foule avec du fil barbelé. Le gaz lacrymogène remplissait l’air. Les enfants se dispersaient.

Peter a couru vers la clôture et a tenté de l’escalader. Son pantalon s’est accroché dans le fil barbelé, le retournant tête en bas. Un policier l’a tiré violemment vers le bas, lui arrachant la chair de la jambe, restée prise dans le fil. Un homme plus âgé est tombé mort sur lui, assassiné, son sang se répandant sur Peter.

La colère a pris racine en lui, non seulement contre le système, mais aussi contre les Blancs en général. Pendant des années, Peter a bu pour oublier, a jeté des pierres sur des inconnus et a été témoin de violences presque chaque jour. Puis une missionnaire blanche est entrée dans son township. Elle est revenue encore et encore, distribuant de la nourriture, aidant les enfants dans leurs études et visitant les familles pauvres.

Les certitudes de Peter se sont effondrées. Il est retourné à l’école, a travaillé dur et a participé à un camp chrétien à l’université. Là, il a prié, et quelque chose d’inattendu s’est produit. Une paix est venue, remplissant son être et lui donnant un sens à sa vie.

« Quand on a reçu la grâce, m’a-t-il dit plus tard, il est impossible de continuer à marcher avec la haine. »

La cicatrice sur sa jambe est toujours profonde. L’histoire qui l’accompagne aussi. Mais l’église qu’il a fondée en 2007 nourrit aujourd’hui des centaines de personnes chaque semaine et éduque des enfants, tandis que Peter accompagne de jeunes pasteurs dans son rôle d’évêque au sein de la dénomination REACH-SA, dans le Cap-Occidental.

Si mes amis m’ont appris que la joie et le pardon peuvent être des actes de résistance, la terre elle-même m’a enseigné quelque chose de plus silencieux : la beauté peut apaiser ce qui fait encore mal.

Au Limpopo, 36 000 hectares de bushveld s’étendait autour de moi, des plaines herbeuses s’étirant jusqu’à un horizon si vaste que, la nuit, il semblait rassembler toutes les étoiles du ciel.

Les lions se reposaient à l’ombre. Les éléphants avançaient avec une gravité majestueuse. Rhinocéros et girafes traversaient la poussière avec une patience ancestrale. Au coucher du soleil, le ciel s’embrasait, or brûlant, orange incandescent — avant de se fondre dans une obscurité si totale qu’elle semblait primordiale. Un soir, un troupeau de gnous avançait lentement dans la dernière lueur du jour, leurs silhouettes dessinées dans la lumière comme des flammes. J’ai pris des photos, sachant déjà qu’elles seraient insuffisantes. Certaines beautés résistent à toute capture. Elles doivent simplement être reçues.

Dans un pays marqué par les déposses­sions et les conflits liés à la terre, le bush porte une vérité plus profonde. Il appartient à tous et à personne. Il existait avant les drapeaux et existera après eux.

Depuis 2010, j’y suis retournée presque chaque année parfois avec des équipes, parfois avec des amis, parfois simplement avec mon mari restant souvent un mois ou plus. Au fil du temps, le pays a cessé d’être une destination pour devenir une seconde maison.

S’attacher à un autre pays a élargi mes loyautés et mon sens de l’humanité partagée. Pendant longtemps, cet attachement m’a semblé simple.

Mais les relations entre les États-Unis et l’Afrique du Sud se sont tendues au cours de l’année écoulée. Le gouvernement américain a gelé une partie de l’aide étrangère au pays et a donné la priorité à la réinstallation d’Afrikaners blancs souhaitant immigrer aux États-Unis, invoquant des persécutions que de nombreux analystes et responsables sud-africains contestent. Les dirigeants ont échangé des accusations, et le ton s’est durci des deux côtés.

Les désaccords entre nations ne sont pas nouveaux, et le fait que les analystes contestent certaines affirmations n’efface pas des cas bien réels et inquiétants de violence en Afrique du Sud. Mais entendre les dirigeants de mon propre pays parler ainsi d’un lieu que j’en suis venue à aimer a été déstabilisant. L’Afrique du Sud n’est pas parfaite, mais mon pays non plus.

Je reste américaine, et j’aime profondément mon pays. Mais aimer l’Afrique du Sud a changé le regard avec lequel je le vois. Lorsque nous parlons d’un autre peuple, nous devons le faire avec précaution, comme s’il nous écoutait car c’est le cas. Nous devons refuser de caricaturer ceux avec qui nous ne sommes pas d’accord.

Les nations sont plus que leurs politiques, leurs discours ou les polémiques virales qui dominent l’actualité. Ce sont des terres imprégnées de beauté et d’histoire, habitées par des personnes comme Nokubonga et le pasteur Peter et, eh bien, comme moi des gens ordinaires en chemin, s’efforçant chaque jour de vivre avec la dignité que Dieu nous a donnée à tous.

Je ne peux toujours pas nommer le moment précis où je suis tombée amoureuse de l’Afrique du Sud. Mais je sais ceci : aimer un autre pays aiguise l’amour pour sa propre patrie. Cela approfondit la gratitude et pousse à vouloir que son pays devienne meilleur. Voir les joies et les luttes d’un autre lieu agit comme un miroir, révélant ce qui fonctionne et ce qui peut être amélioré, sans diminuer la beauté de l’un ou de l’autre.

Le véritable patriotisme consiste à aimer suffisamment son pays pour le voir clairement et à reconnaître l’amour de Dieu pour l’humanité dans chaque autre endroit du monde.

Traduit par Jonathan Nabié

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