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Les universités chrétiennes s’opposent à l’« ingérence » de Trump dans l’enseignement supérieur

L’administration étatsunienne veut instaurer un pacte avec les universités qui, entre autres mesures, gèlerait les frais de scolarité pendant cinq ans et limiterait le nombre d’étudiants internationaux.

A USC professor protests the Trump compact on higher education.

A USC professor protests the Trump compact on higher education.

Christianity Today October 29, 2025
Genaro Molina / Los Angeles Times via Getty Images

L’administration Trump souhaite que les universités signent son nouveau pacte sur l’enseignement supérieur, mais les universités chrétiennes estiment que celui-ci relève d’un « contrôle gouvernemental excessif ».

Le Conseil des universités et collèges chrétiens (CCCU), qui représente aux États-Unis 150 établissements principalement évangéliques, a signé une déclaration du Conseil américain de l’éducation affirmant que le pacte constituait un « contrôle gouvernemental des libertés fondamentales et nécessaires d’une université ».

Début octobre, l’administration Trump a envoyé un mémo en dix points détaillant les changements que les universités devraient adopter, notamment : geler les frais de scolarité pendant cinq ans, rembourser les étudiants qui abandonnent après le premier semestre, plafonner le nombre d’étudiants internationaux, supprimer la prise en compte de la diversité raciale et de genre dans les recrutements et admissions et éliminer les parties de leurs établissements qui « dénigrent […] les idées conservatrices ».

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L’administration avait initialement envoyé le pacte à neuf écoles, mais le président Donald Trump a depuis déclaré que toutes les universités devraient y adhérer.

Le pacte précise qu’un établissement d’enseignement supérieur pourrait déroger à ses exigences « s’il choisit de renoncer aux avantages fédéraux ». Un conseiller de la Maison-Blanche a déclaré au Wall Street Journal que le gouvernement ne supprimerait pas nécessairement les financements fédéraux aux écoles qui ne signent pas, mais qu’il privilégierait les subventions et les possibilités d’accès à la Maison-Blanche pour celles qui le font.

Parmi les écoles membres de la CCCU, « Je n’en ai vu aucune qui disait : « Inscrivez-moi. Je veux ça«, rapporte David Hoag, président du CCCU, lors d’une interview.

Parmi les préoccupations de Hoag figurent le gel des frais de scolarité pendant cinq ans et l’obligation de rembourser les étudiants qui abandonnent après un semestre. Selon lui, ces exigences sont financièrement irréalistes pour les écoles dans un contexte où les coûts de santé augmentent chaque année et où les établissements s’efforcent de verser des salaires équitables aux enseignants.

« Ne nous comparez pas aux universités de la Ivy League qui facturent 80 000 ou 90 000 dollars. Nous sommes loin de ce chiffre », ajoute-t-il, précisant que les frais de scolarité moyens des écoles du CCCU sont d’environ 30 000 dollars, avec une réduction supplémentaire de 50 % en moyenne.

L’aide fédérale destinée aux universités chrétiennes est, en règle générale, destinée à l’aide financière aux étudiants, comme les bourses Pell Grants, tandis que les bourses de recherche fédérales sont plutôt attribuées à de grandes écoles de recherche, comme l’université Johns Hopkins.

David Turk, ancien doyen ayant travaillé pendant des décennies au Nyack College, établissement de la CCCU aujourd’hui fermé, qualifie de « ridicules » les exigences financières du pacte, notamment le gel des frais de scolarité et le remboursement des étudiants qui quittent l’école. Selon lui, les établissements du CCCU peinent déjà à payer des salaires décents aux enseignants et à contribuer aux fonds de retraite des employés.

« Ces établissements sont sur le fil du rasoir », explique-t-il à Christianity Today, ajoutant qu’une des raisons de la fermeture de Nyack était que les frais de scolarité n’étaient pas assez élevés. « Vous pouvez demander à des universités publiques de geler leurs frais de scolarité. Elles reçoivent de l’argent des contribuables. »

Hoag s’inquiète également de ce que les exigences sur les admissions puissent interdire les déclarations de foi et que l’interdiction de prendre en compte la diversité dans les recrutements puisse « entrer en conflit avec certains programmes liés à la mission dans nos institutions ».

Une autre exigence du mémo prévoit un plafond de 15 % pour les étudiants internationaux. Turk, doyen de longue date du Nyack College (rebaptisé Alliance University avant sa fermeture en 2023), estime que cela irait à l’encontre de la mission historique des écoles comme Nyack, qui formaient des responsables de ministères internationaux.

Selon ses estimations, environ 30 % des étudiants de Nyack étaient internationaux avant la fermeture de l’école. À l’Université Campbellsville, une autre école du CCCU, 30 % des étudiants sont également internationaux.

« Je ne peux pas imaginer une école du CCCU limitant ses étudiants internationaux », dit Turk. « Ce n’est pas nous. Ce n’est pas comme cela que fonctionnent les écoles évangéliques. Ce n’est pas comme cela que fonctionne l’Église. »

Ce pacte intervient à un moment où les universités chrétiennes voient leurs inscriptions augmenter, mais doivent également faire face à de grands changements sous la nouvelle administration.

L’administration a créé une incertitude sur les visas étudiants internationaux, et une nouvelle exigence de Trump impose désormais aux détenteurs de visas H-1B, destinés aux travailleurs étrangers, de payer 100 000 dollars. Un défi pour les universités ayant des professeurs et des chercheurs titulaires de ces visas.

Le « grand et beau projet de loi » de Trump, adopté cet été, supprime également le programme de prêts Grad PLUS, qui représente un soutien important pour les étudiants diplômés des écoles du CCCU, explique Hoag. Il voit la suppression des programmes de prêts fédéraux comme un retour de balancier par rapport aux efforts de l’administration Biden pour annuler des milliards de dollars de dettes étudiantes.

Les étudiants devront se tourner vers les banques privées pour obtenir des prêts, ce qui implique que leurs familles devront avoir un bon score de crédit.

« Je ne suis pas particulièrement inquiet de voir des attaques directes contre la liberté religieuse avec cette administration, mais je suis préoccupé par la question du financement », confie Hoag.

Dans une récente présentation des montants des bourses Pell et d’autres aides financières pour les écoles, il raconte avoir affiché des chiffres allant de 17 à 75 millions de dollars. « Je dis aux écoles qui s’en sortent le mieux : “N’oubliez pas que vous devez dépendre du Seigneur, et non du gouvernement fédéral. Comment pouvez-vous réfléchir si une partie de cet argent disparaissait à l’avenir ?” »

D’autres écoles chrétiennes trouvent leurs avantages avec la nouvelle administration. L’administration Biden avait infligé des amendes record aux deux plus grandes universités chrétiennes du pays : Grand Canyon University et Liberty University.

Grand Canyon avait été condamnée à une amende de 37,7 millions de dollars pour avoir falsifié le coût des programmes d’études supérieures, mais l’université accusait le gouvernement d’abus de pouvoir. L’administration Trump a annulé l’amende.

Liberty avait été condamnée à une amende de 14 millions de dollars pour des violations de la sécurité sur le campus, et l’opposition de l’école aux amendes a été prise en charge par la task force de Trump sur les biais antichrétiens au sein du gouvernement fédéral.

Liberty et Grand Canyon ne font pas partie du CCCU.

Outre la CCCU, l’Association des collèges et universités catholiques, principal représentant de l’enseignement supérieur catholique aux États-Unis, a également signé la déclaration s’opposant au pacte.

« Le pacte est exactement le genre d’ingérence et de régulation excessive du gouvernement fédéral, au détriment de la contribution et du contrôle des États et des collectivités locales, auquel cette administration dit être opposée », indique le communiqué.

Il ajoute : « Pour être clairs, nous convenons que l’enseignement supérieur peut faire l’objet d’améliorations […], mais un contrôle excessif de la part du gouvernement n’est pas la voie par laquelle il pourra pleinement réaliser son potentiel. »

À ce jour, aucune école aux États-Unis n’a accepté le pacte de Trump.

Traduit par Mélanie Boukorras pour Infochrétienne.

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