Culture

À la rencontre des fans non chrétiens de The Chosen

“J’ai eu des frissons dans tout le corps. Je ne savais pas pourquoi, mais j’étais tellement émue.”

Christianity Today April 2, 2025

Il y a environ un an, Vicki Neulinger a traversé ce qu’elle appelle aujourd’hui « l’abîme » : anxiété, divorce difficile, et un désintérêt total pour la vie. « J’étais complètement perdue », raconte cette femme de 43 ans qui réside en Virginie. « À ce moment-là, je ne vivais pas, je survivais. »

Un jour de mars 2024, après avoir emménagé chez ses parents, elle parcourt le catalogue d’Amazon Prime à la recherche d’une nouvelle série et tombe sur The Chosen. […]

Le début de la première saison ne la captive pas tout de suite. Elle arrête de regarder. Mais ensuite, dit-elle, elle entend une voix. « Je vous jure, j’ai entendu [Dieu] dire : “Tu retournes à cette série, tu la rallumes, et tu vas la regarder.” Alors je l’ai fait. »

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En regardant la série, Vicki Neulinger se remémore son enfance et notamment sa grand-mère, une chrétienne pratiquante qui l’emmenait régulièrement à l’école du dimanche. En grandissant, elle s’est éloignée de cette éducation religieuse et s’est orientée vers d’autres influences : recherche de réussite matérielle, pratiques ésotériques, spiritualités alternatives. Elle a appris des rituels, a pratiqué le vaudou, et rejoint des groupes Facebook de personnes se disant sorcières, souvent virulentes à l’encontre du christianisme.

Cette trajectoire l’a amenée à s’identifier profondément au personnage de Marie-Madeleine, qui, dans le premier épisode de The Chosen, est tourmentée par une possession démoniaque. Au départ, Neulinger ne comprend pas que le personnage incarné par Jonathan Roumie est Jésus. C’est lorsqu’il s’adresse à Marie qu’elle se souvient des paroles que sa grand-mère lui disait enfant : « Le Seigneur nous appelle par notre nom. »

« C’est là que je me suis dit : “Oh, c’est Jésus !” Et j’ai fondu en larmes. »

Depuis sa première diffusion en 2019, The Chosen connaît un succès remarquable. Selon l’équipe de la série, environ 280 millions de personnes l’ont regardée sur Netflix, Amazon Prime Video et l’application dédiée, séduites par une production de qualité et une représentation accessible et culturellement bien informée de Jésus et de ses disciples. The Chosen détient le record de la série télévisée la plus traduite, avec plus de 50 langues disponibles. Ses créateurs, menés par le showrunner Dallas Jenkins, ont levé près de 100 millions de dollars en financement participatif, avec l’ambition de produire sept saisons.

La saison 5 porte sur la Semaine sainte. Après sa sortie en salle fin mars aux États-Unis, la série sera diffusée sur Prime Video pendant 90 jours, puis sera disponible gratuitement sur l’application The Chosen. [En France, une première diffusion en salle des épisodes 1 et 2 est prévue pour les 11 et 13 avril prochains.]

La série a déjà beaucoup fait parler d’elle en raison de son accueil enthousiaste — et parfois controversé — parmi les chrétiens évangéliques, qui représentent la majorité de ses fans. Mais elle touche aussi un autre public : des spectateurs qui ne s’identifient pas (ou ne s’identifiaient pas) comme chrétiens. Un tiers des fans, selon les créateurs, ne sont pas religieux.

Certains, comme Vicki Neulinger, ont grandi dans un environnement chrétien mais se sont éloignés à l’âge adulte ; aujourd’hui, ils redécouvrent la foi à travers la série. D’autres sont agnostiques ou athées, mais apprécient la représentation humaine et accessible de Jésus. D’autres encore abordent The Chosen avec méfiance, voire hostilité à l’égard de son christianisme, mais terminent la série avec un regard transformé.

Matthew Page, chercheur indépendant britannique spécialisé dans les adaptations bibliques au cinéma et auteur de 100 Bible Films, explique que le Jésus de The Chosen se démarque des autres représentations du Christ : il rit facilement, danse de temps à autre, et ressemble à un être humain ordinaire.

« Il y a chez lui quelque chose de très ordinaire, de très normal », dit Page, qui écrit aussi abondamment à propos de la série sur son blog. « On le voit parfois accomplir des miracles, mais il reste très humain, très accessible, très juif. »

Taylor Chee-Schmidt, qui vit à Seattle et travaille comme cheffe de projet dans une entreprise technologique, se dit athée. Elle a commencé la série il y a un mois et a enchaîné les épisodes pour rattraper les saisons précédentes avant la sortie de la nouvelle.

« J’ai vu le premier épisode, et dès le départ, il y a un exorcisme », raconte-t-elle. « Ça semblait réel. C’était un exorcisme humanisé. Ça m’a rappelé certaines scènes en centre-ville de Seattle, où il y a beaucoup de sans-abri et de personnes mentalement instables. Parfois, ils vivent des crises. »

Elle apprécie aussi l’authenticité de la série dans sa représentation de la Galilée et de la Judée du premier siècle.

« Ce ne sont pas que des gens blonds aux yeux bleus. Ils ont choisi des personnes racisées pour ces rôles », dit-elle. « On n’a pas l’impression qu’ils ont juste fouillé dans les accessoires bibliques des années 30 à Hollywood. »

Pour certains, la série ravive une foi oubliée depuis l’enfance. Michael Lamping, 29 ans, informaticien dans le Wisconsin, a grandi en allant à la messe catholique, mais a cessé de croire quand la pratique religieuse est devenue une corvée plutôt qu’un acte de foi.

Pendant la pandémie, il a découvert The Chosen et a été captivé. Il s’est mis à en apprendre davantage sur le christianisme, à lire des documents historiques liés à la Bible, des analyses critiques des Écritures, et à écouter des conférences sur la foi.

« Cette histoire m’a beaucoup aidé à comprendre que la foi n’est pas quelque chose dont on doit avoir peur, contrairement à ce que certains médias suggèrent. »

The Chosen touche également des personnes d’autres religions. Sabi Ali, 26 ans, assistante administrative à Londres, a grandi dans une famille musulmane et débat souvent de religion avec ses cousins chrétiens. L’année dernière, ses cousins l’ont convaincue de regarder la série.

Après le premier épisode, elle est sceptique. Mais à la fin du deuxième, elle pleure, et finit par regarder toute la série en une semaine et demie. Une scène la bouleverse particulièrement.

« C’est quand Jésus rejoint les bateaux de Simon Pierre et André, et qu’ils ne pêchent rien », raconte-t-elle. « Jésus dit : “Jetez encore le filet.” J’ai eu des frissons dans tout le corps. Je ne savais pas pourquoi, mais j’étais tellement émue. »

Ali commence alors à douter des enseignements de l’islam et du Coran, qui reconnaît Jésus comme un prophète miraculeux, mais pas comme le Fils de Dieu incarné.

Puis, un jour, alors qu’elle rentre chez elle avec ses cousins, un homme apparaît et lui tend un feuillet sur l’Évangile. « Jésus t’aime », lui dit-il, avant de disparaître. Ali y voit un signe de Dieu.

« Mon cousin était en face de lui, mais il ne l’a pas choisi. Il me l’a donné à moi », raconte-t-elle. Elle commence à aller régulièrement à l’église et se considère aujourd’hui comme chrétienne.

Ali a aussi montré la série à sa mère, une musulmane pratiquante qui désapprouve le christianisme. Elles ont commencé à la regarder ensemble ; rapidement, sa mère continue même quand Ali est absente. Aujourd’hui, sa mère s’est elle aussi convertie au christianisme et passe son temps libre à lire la Bible et à regarder des vidéos sur la foi.

« C’était ce que je cherchais », dit Ali à propos de The Chosen. « J’avais besoin de quelque chose, sans savoir quoi. Et Dieu m’a dit : “Tu as besoin de connaître la vérité, et cette série va t’y aider.” »

Comme la mère d’Ali, Vicki Neulinger commence elle aussi à lire davantage la Bible grâce à The Chosen. Après avoir commencé la série, elle a acheté une Bible d’étude et trouvé des guides en ligne qui associent des passages bibliques à chaque épisode. Elle se fixe une routine : avant chaque épisode, elle lit le passage correspondant. En six mois, elle a ainsi lu la Bible en entier pour la première fois.

Elle a encore fait face à de nouvelles épreuves, mais se sent bien mieux qu’il y a un an. Par la grâce de Dieu, elle sort peu à peu de l’abîme. De manière inattendue, cela se fait au moyen d’une série télévisée. 

« Je pense que Dieu a frappé à ma porte toute ma vie. Il tambourinait même », dit-elle. « Et cette fois, c’était sa manière de me dire : “Ouvre la porte.” »

Christopher Kuo est un journaliste indépendant installé en Irlande. Son travail a été publié dans le New York Times, le Los Angeles Times, le Duke Magazine et ailleurs.

Traduit par Camille Westphal Perrier pour Infochrétienne et révisé par Christianity Today.

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