Le pasteur ukraino-américain Alex Zaytsev a vu de ses propres yeux la machine de guerre russe semer la destruction et déchirer des familles. Lorsque l’invasion à grande échelle a commencé en 2022, il est d’abord resté dans son appartement de la ville orientale d’Avdiivka et a ouvert le bâtiment de son Église pour servir d’abri anti-bombes aux habitants.
Mais un mois plus tard, les attaques russes contre sa ville se sont intensifiées, et Zaytsev a fui à environ 40 kilomètres au nord-ouest, à Pokrovsk, où il a aidé aux évacuations et à la distribution de l’aide humanitaire. Né dans l’est de l’Ukraine, Zaytsev a grandi dans l’État de Washington avant de retourner en Ukraine en 2016 pour servir comme pasteur et missionnaire au sein de l’organisation Church Without Walls (Église sans murs).
À mesure que la guerre se prolongeait, Zaytsev a croisé des adolescents désœuvrés et agités qui erraient dans les rues. Les écoles et les commerces avaient fermé, et l’enseignement à distance était irrégulier. Zaytsev a alors lancé un ministère auprès des adolescents dans l’une des nouvelles églises de sa dénomination à Pokrovsk. Chaque matin, il ouvrait le bâtiment de l’église et accueillait les jeunes à l’intérieur.
« Ma mission était de leur annoncer l’Évangile », a-t-il déclaré à Christianity Today. « Et j’ai continué ainsi jusqu’à ce qu’il devienne trop dangereux de rester à Pokrovsk. »
Après que les troupes russes ont conquis Avdiivka en février 2024 et ont commencé à progresser vers Pokrovsk six mois plus tard, Zaytsev a dû fuir une nouvelle fois. Cette fois, il est parti plus à l’ouest, à Ivano-Frankivsk, et il n’est pas parti seul : il a emmené avec lui 20 adolescents cherchant à échapper aux lignes de front. Un autre pasteur l’a rejoint, et ensemble ils ont loué plusieurs appartements ainsi qu’une maison à plusieurs niveaux pour le groupe. Beaucoup de ces jeunes venaient de milieux familiaux difficiles, et leurs parents avaient choisi de rester sur place ou de retarder leur évacuation.
Selon Zaytsev, les Ukrainiens sont épuisés par la guerre. Moscou bombarde presque quotidiennement des zones civiles, les familles sont séparées et les soldats meurent. Plus de 14 000 civils ukrainiens ont perdu la vie depuis le début de la guerre il y a quatre ans, et près de 4 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays.
« Presque tout le monde a perdu quelqu’un, et beaucoup ont énormément perdu », a-t-il déclaré.
Après avoir vu les troupes de Moscou attaquer sa ville, Zaytsev se montre sceptique face à tout plan de cessez-le-feu qui ne prévoirait pas de solides garanties de sécurité. « Est-ce que d’autres pays nous aideront si nous sommes attaqués à nouveau ? C’est la question principale que beaucoup de gens se posent », a-t-il expliqué.
Après une série de négociations menées par les États-Unis ces derniers mois, une nouvelle proposition de cessez-le-feu suscite toutefois un certain espoir chez des Ukrainiens épuisés.
Le président Donald Trump a rencontré la semaine dernière en Floride le président ukrainien Volodymyr Zelensky pour discuter du nouveau plan ukrainien en 20 points visant à mettre fin à la guerre avec la Russie. Zelensky a affirmé que les deux pays s’accordaient sur la plupart des points, et Trump a déclaré qu’un accord pour mettre fin à la guerre était « peut-être très proche ».
Le plan permettrait à l’Ukraine de maintenir une force de maintien de la paix de 800 000 soldats et de rejoindre l’Union européenne. Il comprend également des engagements explicites selon lesquels Washington et ses alliés européens viendraient en aide à l’Ukraine en cas de futurs conflits. Après sa rencontre avec Trump, Zelensky a indiqué que le président américain avait proposé 15 ans de garanties de sécurité — moins que les décennies que le président ukrainien juge nécessaires pour prévenir une nouvelle guerre, mais nettement mieux que les propositions américaines précédentes.
Le plan de paix initial en 28 points de l’administration Trump, présenté l’automne dernier, accordait d’importantes concessions à la Russie et exigeait que l’Ukraine réduise la taille de son armée, cède des territoires et renonce à rejoindre l’OTAN. Il ne prévoyait que des assurances de défense américaines vagues.
Lors de discussions avec des responsables ukrainiens et européens à la mi-décembre, Washington a accepté de fournir à l’Ukraine des garanties de sécurité « de type OTAN », un signe encourageant pour des Ukrainiens de plus en plus inquiets d’un retrait du soutien américain. L’article 5 de l’OTAN oblige les États membres à considérer une attaque contre l’un d’eux comme une attaque contre tous et à répondre par les moyens jugés nécessaires. Les négociateurs n’ont pas encore publié les détails de ces garanties de sécurité, qui doivent toujours être approuvées par le Congrès.
Mardi, l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, et son gendre Jared Kushner ont rencontré les dirigeants de plus de 30 pays européens pour discuter des garanties de défense à long terme de l’Ukraine. Le Royaume-Uni et la France ont accepté de créer des pôles militaires et de construire des installations d’armement protégées en Ukraine une fois la guerre terminée. En septembre, le président français Emmanuel Macron a déclaré que 26 pays de la « coalition des volontaires » s’étaient engagés à envoyer des troupes en Ukraine à la suite d’un cessez-le-feu.
Des points de blocage subsistent néanmoins, notamment la nécessité de convaincre le Kremlin d’accepter de nouvelles garanties de sécurité soutenues par l’Occident et de négocier des concessions territoriales.
La Russie souhaite contrôler cinq régions ukrainiennes, y compris des villes comme Pokrovsk, qu’elle n’a pas réussi à conquérir malgré de multiples tentatives depuis près de deux ans. Kyiv affirme que toute cession de territoire violerait la Constitution ukrainienne, tandis que les dirigeants européens estiment qu’une telle concession récompenserait l’agression russe.
Le président Vladimir Poutine a montré peu d’intérêt pour la fin de la guerre et a répété que tout cessez-le-feu négocié devait s’attaquer aux « causes profondes » du conflit — en d’autres termes, aux exigences maximalistes de la Russie dès le premier jour de l’invasion. Moscou a intensifié ses attaques contre les zones civiles et lancé des frappes massives contre les infrastructures énergétiques de l’Ukraine, laissant des régions entières sans électricité alors que les températures sont descendues sous zéro le mois dernier.
Zaytsev estime que la plupart des habitants d’Avdiivka ne rentreront pas chez eux, même si les négociations de paix aboutissent. La guerre a détruit une grande partie de la ville, y compris une immense usine de coke qui faisait vivre l’économie locale.
Si 15 des 20 adolescents partis avec Zaytsev ont finalement retrouvé leurs parents, cinq restent toujours sous sa responsabilité. Certains viennent de milieux familiaux difficiles, avec des parents alcooliques incapables de s’occuper d’eux. Les cinq adolescents ont placé leur foi en Christ à travers le ministère de *Church Without Walls*.
Entre-temps, Zaytsev enseigne à ces jeunes des compétences pratiques : sortir les poubelles avant qu’elles ne sentent mauvais, éviter de consommer à jeun des mélanges de malbouffe comme les boissons énergisantes, les chips et les bonbons gélifiés, se doucher régulièrement, utiliser du déodorant et se limiter à une petite (et non une grande !) vaporisation de spray corporel. Il leur apprend aussi à acheter le café au meilleur prix pour les cultes, à organiser des jeux pour les rencontres de groupe de jeunes et à gérer les conflits. Les adolescents aident à préparer la communion, le café et les biscuits pour les cultes du dimanche matin.
L’Église que Zaytsev a implantée à Ivano-Frankivsk il y a 18 mois a rapidement grandi pour atteindre environ 40 personnes, en raison de l’afflux de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Il y a deux mois, le pasteur de 32 ans a lancé une seconde implantation d’Église dans la ville.
Alors que les dirigeants mondiaux poursuivent les négociations et discutent des financements nécessaires à la reconstruction de l’Ukraine, Zaytsev pose les bases de la guérison et du pardon, tant chez les adolescents que chez les adultes. Il reconnaît que le pardon peut être difficile tant que les Ukrainiens vivent sous la menace constante des attaques, mais il rappelle à ses fidèles qu’il s’agira d’une étape essentielle à l’avenir.
Zaytsev les renvoie aux passages de la Genèse où Joseph pardonne à ses frères de l’avoir vendu comme esclave. « Cela doit être pour nous un exemple à poursuivre : nous aussi, nous devrons pardonner à ceux qui nous ont causé une douleur extrême », a-t-il déclaré.
Traduit par Jonathan Nabié