En effet, voici venir ce jour, brûlant comme un four. Tous les hommes arrogants et tous ceux qui font le mal seront comme la paille : le jour qui vient les embrasera, dit l’Éternel, le maître de l’univers, il ne leur laissera ni racine ni rameau. Mais pour vous qui craignez mon nom, le soleil de justice se lèvera, et la guérison sera dans ses rayons. Vous sortirez en bondissant comme les veaux d’une étable… » (Malachie 3.19-20)
« Jared, as-tu déjà vu des veaux bondir ? »
« Non, je ne crois pas », ai-je répondu.
C’était un jour de novembre glacial dans le Vermont. J’étais assis au chevet de mon amie Natalie, emmitouflée sous plusieurs couches de couvertures. Natalie était en train de mourir d’un cancer du pancréas. Bien plus tôt dans l’année, les médecins lui avaient donné quelques semaines à vivre, mais elle avait dépassé leurs pronostics. Faible et fragile, elle passait ses derniers jours dans la maison de ses meilleurs amis, où ils avaient installé un service de soins palliatifs dans un appartement au sous-sol. J’étais le pasteur de Natalie et je lui rendais visite chaque semaine. Je passais beaucoup de temps à prier et à lire les Écritures avec elle et à l’écouter réfléchir à la vie, à la mort et à tout ce qu’il y a entre les deux. Noël approchait et, à moins d’un miracle, ce serait son dernier.
Natalie avait des demandes inhabituelles pour nos lectures bibliques. Certains passages de la Bible l’intéressaient tout spécialement et elle voulait que je les lui lise chaque fois que je lui rendais visite, pendant des semaines. Nous avons relu Jean 10 et Apocalypse 1-3 à de multiples reprises. Et voilà plusieurs jours que nous nous arrêtions sur le chapitre 3 de Malachie. Et non, je n’avais jamais vu de veaux bondir.
Lorsque nous étions plongés dans Jean 10, Natalie m’avait parlé du comportement des brebis qui reconnaissent la voix de leur berger. À présent, elle me disait que, lorsque les veaux découvrent le fonctionnement de leur corps, ils bondissent en tous sens dans leur pâturage.
« Je vois », ai-je répondu. Ce n’était pas tout à fait vrai. J’avais du mal à m’imaginer la scène, peut-être parce que la joie qui en émanait détonait du moment que nous traversions. Mon amie était en train de mourir. Et elle n’était pas la première. Nous avions vu tant de décès dans notre petite église de campagne. J’avais perdu de nombreux amis à cause du cancer — de jeunes parents, des personnes que j’avais baptisées, des personnes que j’aimais profondément.
Natalie était relativement âgée, mais elle était par ailleurs en très bonne santé. Elle aussi s’apprêtait clairement à partir « avant l’heure ». J’avais l’impression d’avoir passé les trois dernières années de mon ministère dans les hôpitaux, au chevet des malades et dans les salons funéraires. J’étais épuisé. Je n’avais pas envie de bondir. Mais Natalie méditait cette image. Aussi pénible que soit devenue sa vie, elle continuait à parler de voir Jésus. Tous les autres se préparaient pour Noël, mais elle se préoccupait de Jésus. Elle se préparait au ciel et à sa rencontre avec lui. Nous avons parlé de la beauté de ce moment. Nous avons parlé des gloires de la terre à venir, lorsque ces corps que nous ne pouvons empêcher de se détériorer feront finalement place à des corps renouvelés qui vivront pour toujours. Par la grâce de Dieu, ce n’étaient pas seulement les couvertures qui tenaient Natalie au chaud ; c’était son espérance dans le « soleil de justice » de Malachie 3.20. Sa guérison était imminente.
Noël est arrivé. Ma famille et moi sommes rentrés au Texas, mais nous sommes revenus dans le Vermont la semaine suivante. Je n’avais pas vu Natalie depuis deux semaines. Alors, après m’être installé, je suis allé lui rendre visite dans l’appartement du sous-sol. C’était le 1er janvier. Je ne le savais pas — personne ne me l’avait encore dit — mais Natalie était décédée ce matin-là. Je suis arrivé juste au moment où son mari et quelques autres étaient en train de descendre l’escalier pour apporter la boîte en pin qu’elle avait demandée comme cercueil. Je n’ai pas pu lui dire au revoir.
Son service commémoratif eut lieu au printemps. Alors que j’étais assis devant la grande baie vitrée de notre maison, essayant de préparer mon sermon pour l’occasion, j’ai jeté un coup d’œil au flanc de la colline de l’autre côté de la rue. Et là, à ma grande surprise et pour ma plus grande joie, un veau est apparu, bondissant avec enthousiasme entre les rochers. Je n’en revenais pas. Le spectacle était à la fois drôle, touchant et joyeux. Je savais maintenant ce que Natalie savait. Et un jour, je saurai ce que Natalie sait : aussi sombres que puissent être nos Noëls, le soleil de la justice se lèvera, portant notre guérison dans ses rayons. La première fois, le Christ est venu pour mourir. Mais il est sorti de sa tombe. Il reviendra vers nous. Les cœurs boiteux de ceux qui se confient en lui bondiront dans leur poitrine. Et tout sera bien.
Jared C. Wilson est pasteur chargé de la prédication à la Liberty Baptist Church de Liberty, dans le Missouri, et professeur adjoint de pastorale au Midwestern Seminary à Kansas City. Il est l’auteur de plus de vingt livres, dont Friendship with the Friend of Sinners et Lest We Drift.