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Dans Kharkiv dévastée par les bombes, les Ukrainiens vivent sous la menace constante de la Russie

Le printemps arrive, mais les carcasses d’immeubles, les regards perdus ou indignés et la vie religieuse demeurent.

A damaged apartment after a rocket attack in the city of Kharkiv in Ukraine.

Un appartement endommagé après une attaque à la roquette dans la ville de Kharkiv en Ukraine.

Christianity Today March 27, 2025
Anadolu / Getty

Le quartier autrefois animé de Saltivka Nord, dans la ville ukrainienne de Kharkiv, située à 30 kilomètres de la frontière russe, est aujourd’hui une ville fantôme. Il a essuyé l’essentiel de l’offensive initiale de la Russie sur Kharkiv en 2022.

Les immeubles de Saltivka, construits durant l’ère soviétique sous Brejnev, entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 1980, reflètent cette architecture froide et grise que beaucoup dans le monde connaissent à travers des films et des documentaires. Aujourd’hui, la quasi-totalité de ces bâtiments ne sont plus que des carcasses, dont beaucoup sont brisées. Presque toutes les fenêtres ont été soufflées. Certaines sont barricadées, d’autres ne sont plus que des cadres vides ou garnis d’éclats de verre.

Ce quartier résidentiel abritait une école, dont les ruines sont maintenant entourées de grillages — mais un grand trou dans le plafond montre l’endroit où les bombes sont tombées. Les balançoires abandonnées et les jouets d’enfants, éparpillés entre les immeubles, traduisent la réalité bouleversante de ce qui s’est passé ici.

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Le fait que j’aie pu observer cette dévastation est le fruit d’une contre-offensive spectaculaire, finalisée en novembre 2022, qui a permis à l’Ukraine de reprendre le contrôle de la ville. À Kharkiv, seulement quatre jours après le début de l’invasion, un mélange de soldats ukrainiens, de policiers et de milices locales a éliminé la majorité d’une unité russe d’élite. À l’époque, les habitants y ont vu une victoire communautaire, même si la libération totale de Kharkiv n’a eu lieu que plusieurs mois plus tard.

À moins de deux kilomètres de ces immeubles à appartements, des bombes russes ont détruit en 2024 une sorte de grand magasin de bricolage, tuant au moins 16 personnes. La propagande russe a affirmé que le magasin servait à réparer des chars. Les bombardements se poursuivent : à Kharkiv, les immeubles éventrés, les fenêtres soufflées, les trottoirs troués et les façades criblées de balles font désormais partie du paysage.

Et pourtant, la vie continue. Le magasin de bricolage se trouvait dans le même complexe de stationnement qu’un grand centre commercial moderne. Lors de ma visite plus tôt dans le mois, celui-ci était bel et bien ouvert. Un autre centre commercial, à un pâté de maisons d’un bâtiment municipal gravement endommagé par les bombardements russes, était bondé.

La vie religieuse, elle aussi, persiste. Par un dimanche froid et humide, je me suis rendu à l’église de l’Annonciation, un édifice rouge et blanc somptueusement orné et paré de dorures et d’icônes à l’intérieur, encore rattaché à l’autorité théologique des patriarches orthodoxes de Moscou. Malgré les risques physiques et la division politique entre les églises liées à Moscou — soupçonnées de compromission avec le gouvernement de Poutine — et l’Église orthodoxe d’Ukraine, reconnue par le patriarche de Constantinople et désormais suivie par la majorité des Ukrainiens, l’assistance comptait entre 150 et 200 personnes.

Les fidèles de cette église ne semblaient toutefois pas préoccupés par ces divisions. Une jeune femme, Tanya, m’a dit : « J’y vais parce que le chœur est envoûtant. » Personne n’a évoqué la politique religieuse.

Dans une autre dénomination, le pasteur évangélique Ivan Rusyn m’a confié qu’il lisait les écrits d’Elie Wiesel, chroniqueur de la Shoah, qui se demandait où était Dieu pendant le massacre des six millions de Juifs. Les idées selon lesquelles Dieu était aux côtés des innocents, m’a-t-il confié, « m’ont personnellement beaucoup aidé ».

Lorsque j’ai quitté Kharkiv, une sirène d’alerte aérienne a retenti. Les habitants n’y ont prêté que peu d’attention. Certains semblent engourdis face à la menace constante. D’autres expriment une indignation farouche envers les dirigeants russes, qu’ils considèrent — eux ou leurs soutiens — à la manière dont Jérémie décrivait ses adversaires :

« Ils pansent à la légère la plaie de la fille de mon peuple :
Paix ! paix ! disent-ils ;
Et il n’y a point de paix.
Ils seront confus, car ils commettent des abominations ;
Ils ne rougissent même pas,
Ils ne connaissent pas la honte. » (Jr 6.14-15)

Traduit par Camille Westphal Perrier pour Infochrétienne et révisé par Christianity Today 

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